Les beaux et troublants voyages de Julie

Julie Huard... (Etienne Ranger, LeDroit)

Agrandir

Julie Huard

Etienne Ranger, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Comme Ulysse, Julie Huard a fait de beaux, longs et parfois troublants voyages. Son appareil photo en bandoulière et ses calepins (ou tout bout de papier, napperon, serviette de table propices à recevoir ses mots, sur le coup de l'émotion) toujours à portée de main et de coeur.

Telle Pénélope, la Gatinoise tisse et défile aujourd'hui quelques-uns des «moments charnières» vécus au gré de ses périples aux quatre coins de la planète au cours des 30 dernières années, dans Paysâmes et miroirs du monde.

Autant d'instants captés en images et en prose poétique gorgée de beauté ou de rage, qui tantôt émeuvent, tantôt confrontent. Car il est question de lapidation autant que d'une plongée à dos de tortue; de l'intolérable détresse du regard des fillettes d'un bordel thaïlandais autant que de la sensualité d'une danse sur Chan Chan à Cuba.

«J'ai choisi des moments, beaux ou laids, justes ou injustes, parmi ceux qui m'ont marquée ou troublée le plus. Des moments qui font que la vie n'est plus la même, après, qui m'ont changée.»

Du petit cireur de souliers népalais (cet «enfant qui aurait dû être [s]on fils») à ses palabres avec Jupiter le Camerounais, en passant par le souvenir de cet inconnu croisé à Saint-Germain-des-Prés («je vois encore ses yeux, sa carrure...»), la reporter, réalisatrice et auteure raconte tous ces gens et lieux qui l'habitent.

Car par ses états d'âme, ses coups de gueule ou ses confidences à fleur de peau, Julie Huard se dévoile. Ses mots percent comme les regards des enfants, hommes et femmes dont les portraits reproduits dans son livre farfouillent notre âme.

«Quand tu vis ces rencontres et événements intensément, tu ne peux pas t'en dissocier», explique-t-elle.

Comme Ulysse, Julie Huard a fait de beaux, longs et... (Etienne Ranger, LeDroit) - image 2.0

Agrandir

Etienne Ranger, LeDroit

Il lui a donc fallu accepter qu'ils fassent ressortir le meilleur comme, parfois, le moins reluisant d'elle. Ainsi, cette main tendue par un lépreux qui «se suspend, on dirait, à quelques ficelles d'espoir, une miette d'amour à manger» la hante depuis son voyage en Tanzanie. «Je me déteste encore d'avoir hésité à serrer la main de cet homme...» avoue Julie Huard, le regard embué à évoquer cet instant, qu'elle n'hésite pas à relater dans son livre.

Le sens du verbe voyager a évolué, avec elle, au fil du temps. Son désir de découvrir le monde, d'aller à la rencontre de l'Autre et d'elle-même, s'est approfondi. Aujourd'hui, «ce mot a une signification plus aiguisée». 

«Je ne veux plus juste regarder, je veux intégrer. J'adore perdre mes repères, m'exposer à l'ailleurs!»

Avec pour résultat qu'elle fait aujourd'hui voyager le lecteur avec elle, du Népal au Cameroun, en passant par Paris et Montréal.

«Voyageries» parallèles

La Gatinoise a toujours pratiqué la photographie et l'écriture séparément. Ce qui ne l'empêchait pas de rêver depuis longtemps de marier ses deux passions et médiums d'expression dans un projet. Lequel a véritablement pris naissance lors d'une résidence d'auteur au Pont d'Oye, en Belgique.

Or, il n'était toutefois pas question que ses photos servent seulement à illustrer ses récits. «Je ne voulais pas me contraindre dans ce que j'allais partager, m'empêcher de raconter une rencontre parce que je n'avais pas d'image pour l'illustrer ou, à l'inverse, ne pas publier une photo parce que je n'évoquais pas telle personne ou tel paysage. Je propose donc des "voyageries" parallèles.»

Si le livre est déjà en librairies, Julie Huard lancera Paysâmes et miroirs du monde le 3 décembre à la galerie Montcalm, lors d'un événement ouvert au public.

Rencontres au sommet

C'était il y a 20 ans. Julie Huard avait dans la trentaine et était à Delhi pour un contrat de photos pour le Club Aventures. En même temps que deux hommes plus grands que nature: Sir Edmund Hillary et Maurice Herzog, invités à une conférence d'alpinistes sur l'Himalaya.

«Par hasard ou par destin, je logeais au même hôtel qu'eux.» Candidement, elle a demandé à les interviewer. Ce qu'elle a pu faire, séparément, pendant une heure. «C'était inespéré! Mais j'étais là, sans caméra ni micro. Je me suis donc dit que je pourrais les proposer au Droit à mon retour au pays!» se remémore la reporter et réalisatrice radio-canadienne.

Elle n'a pourtant jamais écrit ces articles. Deux décennies plus tard, elle a retrouvé la «quinzaine de pages manuscrites» découlant de ces rencontres au sommet. Qu'elle relate aujourd'hui dans Paysâmes et miroirs du monde.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer