Détroit réduite, mais pas détruite

Le rappeur-slameur gatinois a arpenté les rues de... (Courtoisie)

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Le rappeur-slameur gatinois a arpenté les rues de la Motor City lorsqu'il est allé là-bas enregistrer le vidéoclip de sa chanson Occupons l'hiver.

Courtoisie

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David Dufour signe sous son nom de plume, «D-Track», un recueil de textes et de photographies prises dans les décombres et la désolation de Détroit. Son tout premier bouquin.

Le rappeur-slameur gatinois a arpenté les rues de la Motor City lorsqu'il est allé là-bas enregistrer le vidéoclip de sa chanson Occupons l'hiver. Un territoire de gris et de blancs, la ville n'ayant plus les moyens de déneiger ses rues. C'était en 2014, après la mise en faillite de la métropole.

D-Track avait profité de son périple pour prendre des clichés de cette métropole industrielle «délabrée, désaffectée», et devenue à ses yeux un symbole «du rêve américain qui aurait viré au cauchemar».

Mais D-Track a aussi retrouvé là le berceau de la musique Motown, qui a influencé ses jeunes inspirations rap, tout comme elle avait coloré les échantillonnages d'une de ses idoles, Eminem, artistiquement «né» à Détroit.

Et, malgré les paysages de désolation urbaine, le Gatinois y a vu une terre d'espoir, où désormais «tout se reconstruit lentement». «Les artistes ont repris possession des lieux abandonnés; il y a un retour à l'agriculture urbaine, aux jardins communautaires, les gens sont très créatifs».

Découvrant ces photographies exposées sur Instagram, la maison d'édition Neige-Galerie a rapidement approché D-Track pour le convaincre de publier un «carnet de voyage» pluridisciplinaire, où les mots du poète viendraient se heurter ou faire écho aux images rapportées de cette «Amérique du Nord déchue».

«Les artistes ont repris possession des lieux abandonnés; il y a un retour à l'agriculture urbaine, aux jardins communautaires, les gens sont très créatifs.»

De là est né Détroit/D-Track, ouvrage où sont colligés une quinzaine de textes du slameur - dont un tiers d'inédits, étoffés par des chansons et des slams plus anciens, mais thématiquement liés - accompagnés de photos en couleur. Au détour des pages, des codes QR permettront, une fois balayés par un téléphone intelligent, de découvrir plusieurs vidéos postées sur YouTube, dont, évidemment, Occupons l'hiver.

«C'est plus qu'un recueil; c'est un objet que tu peux laisser dans ton salon, pour le feuilleter de temps en temps», estime-t-il.

Génèse pleine d'essence

Détroit/D-Track est préfacé par l'historien et enseignant Donald Cuccioletta. Le livre comporte en outre une planche de bédé signée Christian Quesnel (Ludwig). Le bédéiste s'est par ailleurs chargé de la direction graphique de ce livre qui sera lancé aux Brasseurs du temps, le dimanche 8 novembre, à 19h. Un lancement au cours duquel D-Track accueillera plusieurs complices de la scène slam, tels Guy Perreault, Annie St-Jean, ainsi que le chanteur Almiros.

Avant de partir là-bas, «je n'avais jamais vraiment réalisé à quel point l'industrie automobile a façonné notre mode de vie en Amérique du Nord.» Via la démocratisation de l'automobile, «ces compagnies ont influencé tout l'urbanisme quand, dans les années 1950, on s'est mis à façonner des villes en périphérie [et qu'on a vu pousser] des banlieues, des centres d'achat et des autoroutes», rappelle l'auteur du rap banlieusard L'insoutenable légèreté des Abris Tempo, qui a souvent fait état du culte matérialiste aux moteurs et aux «carroserie d'fer».

Tirant sur son «fil conducteur», D-Track reprend dans ses nouveaux textes l'image du Dieu automobile. Ses poèmes, véhiculés de rêverie ou de révolte, cherchent à refaire briller l'ancien Eldorado. Ici, il se permet une relecture (dé)jantée de la Génèse; là, il convoque un panthéon de Superhéros fantasmatiques pour mieux dénoncer l'indifférence quotidienne («je cherche la compassion comme superpouvoir», écrit le champion 2013 de la coupe Grand Slam au Québec); ailleurs, il évoque le passé autochtone de Détroit ou réveille le bastion francophone de cette ville fondée par le Sieur de Lamothe-Cadillac. Sur un ton plus tendre, il se laisse aller à regarder L'enfant Motown jouer, les mains noircies non par l'huile de moteur mais par l'histoire de la musique, tandis qu'autour de lui «les cités crackent et meurent à petit feu».

L'artiste se demande en filigrane comment «remettre sur pied» cette ville-fantôme. «C'est pratiquement rendu le tiers-monde, Détroit. Dans certains quartiers, il n'y avait même plus d'électricité, parce que comme les gens quittent la ville, il n'y a même plus assez de [contribuables] pour la payer. C'est un cercle vicieux.»

«Je ne suis pas un économiste, mais je me questionne: est-on vraiment à l'abri de ce genre de phénomène, ici?» nous a demandé D-Track en entrevue.

Coïncidence? Le matin même, une décision de la Ville de Gatineau faisait les manchettes de notre journal. Celle de ne plus déblayer la neige de 63 km de trottoirs, afin de réaliser des économies d'échelles.

On n'a pas osé lui répondre...

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