Boo, ou la force de pardonner

Neil Smith n'a pas choisi l'année 1979 pour... (André Pichette, La Presse)

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Neil Smith n'a pas choisi l'année 1979 pour rien en y campant son roman Boo.

André Pichette, La Presse

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Traitant d'amitié, d'intimidation, de justice, de pardon, de marginalité, de vie et de mort, Boo a beau être campé en 1979, il résonne haut et fort maintenant. Le Montréalais Neil Smith signe un roman d'apprentissage qui devrait devenir une lecture obligatoire tant pour les adolescents que pour leurs parents.

À 13 ans, Oliver «passe» au paradis. Le coeur troué. Victime d'une fusillade dans son école, l'adolescent solitaire - surnommé Boo à cause de son teint blême - se met dès lors à raconter son quotidien au Village à ses parents, restés en bas.

Un quotidien empreint de la présence de quelques «renés» de son âge (quoique décédés bien avant lui, comme Tom et Tim Lu, les Dupont et Dupond de ce coin du paradis). Mais surtout de Johnny, mort dans les mêmes circonstances que lui. Si les deux ados n'étaient pas vraiment amis aux États-Unis, ils le deviendront là-haut. Envers et contre tout, voire tous, et unis dans l'espoir de retrouver Gunboy, à qui ils doivent d'être au paradis, et qui serait «passé» lui aussi.

Et pendant que certains réclameront vengeance, Oliver, lui, trouvera peut-être la rédemption dans la force de pardonner.

«C'est un roman sur la deuxième chance, dans lequel je voulais explorer le besoin d'entrer en lien avec les autres.»

Paradis imaginaire...

Neil Smith bûchait sur un autre roman sur le paradis «qui n'allait nulle part» quand Oliver a fait son apparition.

«Il ne devait être qu'un personnage secondaire, mais j'ai tout de suite aimé la voix puissante de ce garçon, raconte l'anglophone de 51 ans, dans un français impeccable. J'ai donc jeté tout ce que j'avais écrit jusque-là et repris mon projet du début, autour de lui.»

Du genre cartésien, Oliver tente de trouver la logique dans le monde illogique qui l'entoure. Pour comprendre.

«À 13 ans, j'étais comme ça. Je posais le même genre de questions. J'étais athée alors qu'à cette époque, nous habitions à Salt Lake City parmi les mormons. J'étais d'ailleurs fasciné par leur conception du paradis et la ségrégation qu'ils y transposaient.»

Neil Smith a voulu représenter ce monde ségrégationniste dans Boo, «le racisme en moins». Ainsi, le Village où Oliver renaît après sa mort est uniquement habité par de jeunes Américains de 13 ans décédés des suites d'une maladie, d'un suicide ou d'un accident de la route, par exemple.

... et réalité bien connue

Or, s'il a pris un évident plaisir à inventer ce paradis, l'auteur traite de sujets autrement sérieux. Et faisant écho à son propre passé. Neil Smith n'a donc pas choisi l'année 1979 de façon aléatoire. C'est à ce moment que son frère aîné a succombé à une surdose. Sa soeur a quant à elle tenté de s'enlever la vie et fréquenté des institutions psychiatriques.

«J'ai ancré la réalité dans le concret que j'ai moi-même connu. J'ai d'ailleurs fréquenté l'école secondaire Helen Keller à Schaumberg, près de Chicago. J'ai habité dans un immeuble de type HLM. Il y avait également un barbier et une animalerie dans mon quartier...» énumère-t-il.

Et puis, confie-t-il, ses meilleurs amis ont longtemps été des livres (Sa Majesté des mouches, entre autres, qu'il cite dans Boo).

«Nous déménagions presque tous les ans, si bien que j'avais beaucoup de difficulté à me faire des amis. Je me réfugiais alors dans les livres. Je me faisais croire que j'étais bien, tout seul, mais je me mentais, comme Oliver, d'ailleurs...»

Neil Smith a beau avoir lui aussi appris le tableau périodique par coeur, Oliver n'est pas lui pour autant, tient-il à préciser.

Opter pour 1979 lui donnait l'occasion d'y aller de quelques références à la culture populaire (incluant une allusion à la chevelure de Farah Fawcett) en guise de clins d'oeil humoristiques aux lecteurs adultes.

Cela lui permettait surtout, avoue-t-il, d'éviter certaines réalités contemporaines, comme l'omniprésence des réseaux sociaux et le phénomène de l'hypersexualisation.

«La détresse des jeunes n'a pas changé. Elle s'exprime peut-être différemment de nos jours, mais elle demeure malheureusement d'actualité.»

Et tout aussi malheureusement universelle, constate Neil Smith, dont Boo est en cours de traduction dans près de 10 langues à travers le monde.

Pourtant, il tenait à évoquer les fusillades dans les écoles, «devenues presque mensuelles aujourd'hui» (au moment de l'entrevue, mercredi midi, on apprenait que cinq étudiants et professeurs avaient été attaqués à l'arme blanche, sur un campus californien).

«Ça fait tellement peur! Je voulais remettre en question l'appui au droit constitutionnel d'être armé aux États-Unis», conclut celui qui était à l'Université de Montréal, le soir de la tragique tuerie de Polytechnique.

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