(Re)trouver sa voie dans Venise

Francine Ruel a voulu mettre en lumière l'importance... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Francine Ruel a voulu mettre en lumière l'importance de réaliser ses rêves, avant qu'il soit trop tard.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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Pour son nouveau roman Petite mort à Venise, Francine Ruel s'est imprégnée entièrement de la ville italienne. Pendant un mois, elle a parcouru ses rues, prenant le temps de tout regarder et tout noter pour transporter ses lecteurs en plein coeur de la cité où la vita è bella.

Petite mort à Venise arrive en librairie deux ans après Ma mère est un flamant rose. Dans cet intervalle, Francine Ruel a dû lutter contre un cancer. «Je n'en ai pas parlé pendant ma maladie parce que je ne voulais pas faire toute une histoire avec ça, explique la femme discrète. Il y a tellement de monde qui a le cancer.»

Après une opération, elle s'en est bien tirée. Son désir de profiter de la vie et de réaliser ses rêves n'en a été que renforcé et teinte son livre.

Même si Venise est la ville des amoureux, l'auteure a plutôt choisi de mettre l'amitié à l'avant-scène. Celle entre trois femmes: Mathilde, confrontée au vide de sa vie après la mort de sa mère, Anne, qui lutte contre un cancer du sein et Paméla, alias Poppy, la plus âgée et la plus vive des trois.

Prises dans une existence qui tourne en rond, sans véritables aspirations, elles retrouveront un nouveau souffle lorsqu'elles s'envoleront vers Venise la Sérénissime. De l'autre côté de l'océan Atlantique, loin de leurs repères habituels, elles prendront conscience de la beauté de la vie et de sa fragilité. Mais par-dessus tout, elles réaliseront à quel point elles tiennent l'une à l'autre.

L'amitié a aussi joué un grand rôle pour Francine Ruel dans la préparation de son roman. Pour transmettre l'essence de Venise, elle souhaitait s'installer dans la ville. Mais Venise coûte très cher. Elle a alors l'idée de faire appel à une soixantaine de ses amis qui ont en quelque sorte financé une partie de son périple en achetant son livre à l'avance ou en lui offrant un montant d'argent. Ils ne perdaient pas au change. Francine Ruel leur envoyait des chroniques sur son séjour. «Je leur ai fait part des processus d'écriture et de recherche et de mes doutes, de 'je ne sais plus où je suis rendue?', 'est-ce que je garde ça ou pas?'»

Parce que même après avoir vendu 160 000 exemplaires de sa triologie du bonheur (Et si c'était ça, le bonheur?, Maudit que le bonheur coûte cher! et Bonheur, es-tu là?), Francine Ruel remet toujours en question son oeuvre surtout en cette période de lancement. «Moi, je suis quelqu'un qui va douter tout le temps, admet-elle. Ça m'oblige à ne pas m'assoir sur mes lauriers. J'ai un lectorat assez important, alors il faut que le livre que j'écris soit encore neuf, différent. Il faut que je surprenne mon lecteur, que je l'amène ailleurs, que je le fasse voyager.»

Quelques-uns de ses bienfaiteurs ont même eu le bonheur de devenir des personnages du livre. C'est le cas des Italiens Claudio et Clara et du gondolier Adriano. Même la petite chienne Kaïa est présente dans le roman à la demande de donateurs.

Un mois d'automne, dans une saison touristique creuse, Francine Ruel niche donc dans un petit appartement à Venise. «C'est la meilleure façon de parler à des Italiens, de les rencontrer», avance-t-elle. Le matin, elle écrit la première partie du roman qui se déroule à Montréal. L'après-midi et le soir, elle déambule dans les rues de Venise, explore, lit, fait des recherches, accumule les informations. «Je me suis laissée inspirer par les lieux», dit-elle.

L'auteure avait visité rapidement Venise il y a trois ans et avait remarqué comment la ville était mal en point. «J'avais réalisé que la ville s'effrite, se défait par en-dessous, s'écaille et penche un peu par en avant, décrit-elle. Venise est tout le temps ou presque en rénovation. Il y a des chantiers partout.»

L'analogie entre cette ville qui peine par moments à se tenir debout et la vieillesse de l'être humain s'est faite naturellement. «Je faisais le parallèle avec nos corps à nous qui se désagrègent un peu, les complications qu'on a avec nos os, nos morceaux qui tombent avec la vieillesse. En même temps, il y a cette luminosité formidable des pallazzi qui sont sur le Grand canal. C'est un peu comme nous parce que tous les jours on se donne un petit coup de pied et go, go, go, lève-toi. C'est l'idée de se dire que malgré les petits bobos, est-ce qu'on ne pourrait pas avoir la tête heureuse quand même? Parce que c'est une décision bien vieillir.»

Francine Ruel a la tête heureuse. À 67 ans, l'artiste née à Québec a toujours une multitude de projets. Elle enseigne des ateliers d'écriture à la Grande bibliothèque de Montréal et à l'Université Bishop's. Elle a aussi tourné l'été dernier dans la série Ruptures qui sera diffusée à Radio-Canada en janvier et dans le film Les 3 p'tits cochons 2.

A-t-elle à l'image de ses personnages un rêve encore à réaliser? «J'en ai plus qu'un! répond-elle du tac au tac. Je veux surtout être en santé pour voyager et faire plein d'affaires. Les «bonne santé» qu'on se souhaite à chaque année, ça avait l'air ridicule quand on était jeune, on trouvait ça pépère et niaiseux, mais on se rend compte que c'est fondamental.»

Son prochain roman pourrait bien être policier, elle qui a taquiné le style dans le recueil de nouvelles Crimes à la bibliothèque. Pour le moment, elle s'occupe de son petit dernier. «Je viens de mettre celui-là au monde, alors je vais d'abord l'aider à marcher tout seul un peu.»

Petite mort à Venise est publié chez Libre Expression.

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