Au Nord de soi

Sous les plumes de Juliana Léveillé-Trudel et de Marc Séguin, le Nord se tend... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Etienne Ranger, Archives LeDroit

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Sous les plumes de Juliana Léveillé-Trudel et de Marc Séguin, le Nord se tend comme une page non pas blanche, mais peuplée d'hommes, de femmes, d'enfants. En quête d'amour. En mode survie. En fuite... vers eux-mêmes.

Deux auteurs aux sensibilités et souffles différents, mais qui dressent au final les portraits résolument humains d'êtres blessés, dont les destins tantôt dansent telles des aurores boréales, tantôt se perdent aux confins de la toundra.

«Nirliit», de Juliana Léveillé-Trudel ***1/2

La narratrice de Nirliit est une Qallunaat du Sud. À l'instar de l'oie, elle voyage entre Montréal et Salluit, où elle travaille quelques mois par an. C'est là qu'elle a rencontré Eva, aujourd'hui disparue.

Eva, dont le corps et l'âme ont été engloutis par les eaux glacées. Victime de la jalousie de l'épouse de celui dont elle était devenue la maîtresse?

Eva, dont le fils Elijah suit les traces, cherchant sa place parmi les siens. Notamment en aimant une femme qui s'éprendra d'un autre, venu du Sud. Saura-t-il briser le cercle vicieux de la haine?

La Qallunaat raconte sans fard ce Nord qu'elle aime aussi profondément qu'elle pourrait finir par le détester. Elle relate son rapport à la nature et aux gens (du cru ou venus du Sud comme elle, et pour leurs propres raisons). Elle témoigne d'un quotidien empreint des parfums de la toundra comme des effluves d'alcool et d'essence.

Dans Nirliit, Juliana Léveillé-Trudel rend compte d'une «langue qui fond à peine plus lentement que le pergélisol» au contact des Bieber et autres Rihanna; des nombreuses adolescentes mettant au monde des «bébés-pièges à ours»; des lourdes conséquences de l'abus d'alcool et de drogues, de la violence.

Elle dénonce surtout le sort réservé aux filles et femmes «prises comme des sculptures en pierre en savon: un joli souvenir». Un puissant cri du coeur.

«Nord Alice», de Marc Séguin ***1/2

Marc Séguin (d)écrit à grands traits libres (envolées dans lesquelles on «ressent» l'élan du peintre) et à petites touches d'un réalisme cru (où l'on «voit» tout aussi bien l'artiste visuel détaillant l'espace pour mieux l'habiter).

Dans son troisième roman, il télescope les parcours d'un homme et de ceux qui, dans sa famille, ont aimé avant lui. Il dépeint ce Nord où il a lui-même ses habitudes de pêche et de chasse, mais aussi la ruée vers l'or, le défrichage de la terre et la guerre, auxquels les siens ont participé.

Son narrateur est amoureux d'Alice, venue du Nord pour étudier la médecine. Elle restera à New York pendant que lui quittera pour Kuujjuaq, dans l'espoir de se remettre de leur rupture. Ou d'approcher au plus près la vraie nature de celle qu'il croit être «la» femme pour lui.

Ce faisant, Marc Séguin défile le passé du père, du grand-père, de l'arrière-grand-père de son héros. Le passé de tout un peuple. Était-il plus simple d'aimer, de durer, avant et ailleurs, se questionne son personnage, tiraillé entre les scénarios qu'il s'invente et la réalité concrète de ce qu'il vit, notamment à l'hôpital où il traite les grands et petits maux du Nord.

«J'ai un pied dans un monde qui enverra bientôt un homme sur Mars et l'autre dans celui qui tait systématiquement le viol d'une femme et même son meurtre

Marc Séguin signe un roman aux images aussi belles que hantantes.

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