Un amour impossible: à l'ombre du monstre ***1/2

Le DroitMaud Cucchi 3/5

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

CRITIQUE/ Rares sont les biographies qui ne débutent pas d'emblée par leur sujet. Après la lecture d'Un amour impossible, on ne s'étonnera plus que le profil officiel de Christine Angot cède son introduction à un autre nom: «Rachel Schwartz, sa mère, est née à Châteauroux en 31».

Cet effacement au profit de la figure maternelle prend tout son sens avec Un amour impossible, le récit d'une relation complexe entre une mère et sa fille victime d'abus sexuels paternels. 

Si la romancière a pu heurter ses lecteurs en témoignant avec profusion de détails de cet inceste (Une semaine de vacances), désormais l'horreur ne tient plus qu'à une phrase, véritable de épée de Damoclès que l'on redoute à chaque page. Elle tombera au dernier tiers du livre, par l'alerte d'un ami à sa mère qui ne se doutait de rien. Comment comprendre, voire pardonner l'aveuglement maternel? C'est toute la question qui sous-tend Un amour impossible. Fin des années 1950: Rachel Schwartz, préposée à la Sécurité sociale, s'amourache d'un Pierre Angot, traducteur bien nanti qui lui fait découvrir un autre monde. Lecteur de Nietzsche après avoir fait l'amour, il corrige son français, lui laisse entrevoir une certaine idée de la liberté et aimerait bien l'emmener vivre à Paris. Elle tombe enceinte, il refuse de reconnaître l'enfant. Ne l'avait-il pas prévenue dès le départ, qu'il ne se marierait pas? 

Après s'être fait connaître par une écriture dure et impitoyable, Christine Angot retrouve une forme d'apaisement malgré la douleur des souvenirs. En relisant la correspondance de ses parents, l'auteure tente de comprendre le contexte du drame, questionne l'attachement maternel «inconditionnel». Contre toute attente, elle rend hommage à sa mère qui l'a élevée seule. Était-ce un prétexte pour se reconstruire une enfance à l'ombre du monstre incestueux? L'auteure finira par arrimer la violence familiale au conflit social d'une classe qui doit en assujettir une autre pour survivre.

Nul doute que Christine Angot ne laissera pas insensible avec cette exploration à rebours de l'inceste paternel et de l'amour maternel.

---

Un amour impossible, de Christine Angot

Flammarion, 218 pages

*** 1/2

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer