Gorgé de lucidité, ce Soleil ****

Le DroitValérie Lessard 4/5

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CRITIQUE/ Il s'appelle Souleye - Soleil, comprendra Charlotte, sa voisine d'en face qui deviendra son amie. Il arrive du Sénégal avec ses parents, son frère aîné et sa petite soeur.

Chaque membre de la petite famille tricotée serré cherche à établir ses nouveaux repères dans cette Montréal d'adoption où ils débarquent avec leur désir d'une vie meilleure dans leur autrement maigre bagage. Et pendant que Mère trouve du travail, que Bibi et Lila s'adaptent rapidement à leur nouvel environnement, que Souleye tente d'apprivoiser le prétendu vieux français parlé au Québec, P'pa, lui, s'isole, creuse son trou dans le sous-sol de l'appartement que la famille loue. P'pa qui, tout en exhortant les siens à ne pas se retourner, semble incapable de regarder devant lui et sombre de plus en plus loin des siens...

À travers le regard intelligent et généreux que Souleye pose sur les gens et les événements, David Bouchet dresse le portrait d'une attachante smala, tiraillée entre là-bas et ici, entre deux cultures, deux manières de s'exprimer et de (perce)voir l'identité, la mémoire, la foi, la médecine, la folie, l'homosexualité, le racisme, etc. L'auteur, né en France et ayant lui-même grandi au Sénégal avant de se transplanter au Québec il y a cinq ans avec sa propre famille, rend compte avec beaucoup d'humanité et d'authenticité des hauts et des bas du quotidien des immigrants. Ce faisant, il renvoie aussi un reflet pas toujours flatteur, mais tout aussi décillant du Québec, de sa réalité culturelle, de ses travers et qualités, de son rapport aux migrants et aux Premiers Peuples.

Soleil est gorgé de tendresse et de lucidité, de poésie et d'humour. Il y fait certes parfois noir, mais le roman est malgré tout traversé de nombreuses lueurs d'espoir. Ce faisant, David Bouchet nous rappelle surtout que l'enracinement passe par l'essentielle ouverture réciproque. Soleil se lit donc comme une magnifique main tendue à se (re)découvrir par le regard d'un garçon à l'esprit vif et à l'indéniable grand coeur, et en le regardant s'intégrer à sa manière dans sa nouvelle communauté.

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Soleil, de David Bouchet

La peuplade, 318 pages

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