L'appétit d'écrire de Patrick Senécal

Patrick Senécal voulait s'éloigner des vicissitudes des nantis pour... (André Pichette, Archives La Presse)

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Patrick Senécal voulait s'éloigner des vicissitudes des nantis pour mieux farfouiller dans la routine qui ronge tranquillement l'âme.

André Pichette, Archives La Presse

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Avec Faims, Patrick Senécal renoue avec l'esprit du Vide et de Hell.com. Et il ramène Michelle Beaulieu (5150, rue des Ormes), plus trouble et troublante que jamais.

Un groupe entrant dans un bar et attirant l'attention de tous les clients: Patrick Senécal ne savait pas encore ce qui animait ces hommes et femmes, mais cette scène est à la base de son nouveau roman.

«Je voyais une bande de marginaux inquiétants, semant le chaos sur leur passage. Des êtres ayant renoncé à la normalité et qui, du coup, confrontent les autres à leur normalité.»

Et, surtout, à l'ennui de leur vie.

L'auteur voulait toutefois s'éloigner des vicissitudes des nantis, comme dans Le Vide et Hell.com, pour mieux farfouiller dans la routine qui ronge tranquillement l'âme et use les appétits et les corps.

Ainsi, quand le «Humanus Circus» débarque dans la tranquille ville de Kadpidi, ses membres ont tôt fait de chambouler le quotidien de plus d'un. Tant par leur apparence, à l'exubérance assumée, que par les numéros qu'ils présentent: des patrons qui se font buter par leurs employés, des couples qui se trompent en trapèze, etc.

«Dans le fond, j'écris toujours autour du même thème: qu'est-ce qu'on fait avec nos pulsions?» mentionne Patrick Senécal.

Ainsi sont nés, entre autres, Francus, le médium dompteur de fauve; Laurus, l'homosexuel flamboyant; Wefa, la contorsionniste à la sexualité débridée; Markitos l'homme fort, un peu timide, tendance psychopathe.

Parmi les résidents du coin qui seront bousculés par leur arrivée se trouve Joël, policier de métier, mari plutôt marri depuis qu'il assouvit ses envies grâce à Internet, et père de deux adolescents en quête eux aussi de sens (ations) dans leur existence.

«Pour arriver à écrire Faims, il fallait que j'aie moi-même passé le cap des 40 ans, que j'aie une conjointe depuis longtemps, des enfants. Parce que tout part de mes peurs, dont celle de ne pas savoir réinventer mon couple et ma vie de famille.»

Pendant que les cadavres s'accumulent, qu'il se met à douter de sa femme Martine, que Marie-Ève lui fait de l'effet et qu'il s'inquiète des accès de colère de son ami Stéphane, Joël jongle avec une éprouvante enquête, ses rôles de mari, de père et d'ami, ainsi que son désir de prendre maîtresse. Entre excès de jalousie et tentations qu'il juge immorales, son coeur balance... Ses poings aussi.

«La plupart de nos problèmes viennent du fait qu'on ne se parle pas, qu'on se ment et qu'on ment aux autres, y compris par omission. D'ailleurs, Martine, pour moi, est le personnage qui vit le plus dans le déni, parce qu'elle est obsédée par l'image du bonheur, alors que Marie-Ève m'apparaît comme la plus équilibrée, parce qu'elle vit très bien entre son mari et ses amants. Je ne cautionne pas ses aventures, mais elle s'assume complètement, au moins.»

La reine Rouge de retour

Après avoir marqué l'imaginaire dans 5150, rue des Ormes, puis avoir été entraperçue dans un donjon dans Hell.com (sous le surnom de... Queen, révèle aujourd'hui son «maître»), Michelle Beaulieu effectue son grand retour dans un roman de Patrick Senécal.

Celui-ci n'avait pourtant pas prémédité le coup.

«Je cherchais un huitième personnage, une autre pulsion à explorer pour compléter la troupe de Francus. J'avais déjà un tueur en Markitos. Mais Michelle, maintenant reine déchue, s'est invitée à la fête.»

Si l'auteur avait toujours cru que le pouvoir nourrissait la reine Rouge, il l'a retrouvée en pleine crise existentielle.

«Michelle a toujours foncé sans réfléchir, mais elle ne pouvait pas continuer comme ça. Elle a donc frappé un mur avant de se joindre au cirque... Quant à sa faim, je l'ai découverte en écrivant.»

C'est justement en étoffant le passé de chaque membre du cirque que Patrick Senécal a compris qui ils étaient vraiment.

«J'étais parti avec des archétypes, mais la personnalité de chacun s'est précisée au fur et à mesure que j'écrivais mon premier jet. J'ai donc dû réécrire des grands bouts du roman par après!»

Il s'agissait là d'une «angoissante» première, pour l'écrivain, qui a plutôt l'habitude de se lancer à partir d'un plan détaillé. «Les habitants de Kadpidi étaient clairement campés dans ma tête. Ce sont les gens du cirque qui ont fini par prendre pas mal plus de place que je pensais dans mon histoire! Et puis, même entre eux, il y avait des tensions à gérer...»

Car le «Humanus Circus» a beau prôner la liberté d'expression de la nature profonde de tous, cela n'en fait pas un paradis pour autant...

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