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D'après une histoire vraie: mensonge ou vérité? ***1/2

Le DroitMaud Cucchi 3/5

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CRITIQUE/ Scénarios, pièces de théâtre, romans... L'expression «d'après une histoire vraie» évoque un label à la mode apposé un peu partout. La fiction serait devenue une copie pâlotte du réel, on veut du vrai, des sensations fortes, de la chair fraîche.

Une fascination est bien à l'oeuvre, que Delphine de Vigan explore dans son septième roman, vertigineux labyrinthe pour polar mental. Elle s'appuie sur sa propre expérience d'écrivaine à succès et déroute notre adhésion initiale vers la fiction pure. Vraiment dément!

Dans son récit, une romancière-vedette (Delphine) a promis un nouveau manuscrit à son éditeur. Dilemme: elle ne supporte plus la vue du logiciel Word et se retrouve incapable de tenir un stylo - ne serait-ce que pour régler ses factures ou répondre à son courrier. Un jour, elle fait la rencontre providentielle de L., une lectrice inconditionnelle et très attentionnée, qui s'imposera à ses côtés comme son amie, sa confidente et très vite son alter ego vital.

Delphine de Vigan multiplie les recoupements avec sa propre vie: sa narratrice vit en couple avec un certain François, célébrité du milieu littéraire (son compagnon François Busnel est un journaliste et animateur français). Les lecteurs qui la connaissent bien pourront s'amuser à croiser faits narrés et réalité. Cela n'empêche que l'essence de la pratique romancière est toujours de produire un récit, et donc de créer une fiction, du latin fingere - façonner, fabriquer. On pourrait aisément l'oublier, tant l'écriture de Delphine de Vigan se compose en archéologie de l'intime.

Après avoir écrit sur le suicide, l'anorexie et le harcèlement, elle aborde l'extrême solitude de l'écrivain, terreau d'une nouvelle emprise mentale. À partir d'un «je» savamment mal déguisé, l'auteure continue de fouiller dans les zones sombres de l'inconscient, le fameux «ça» chez Freud, qui est aussi un livre de Stephen King. Des citations du maître du suspense se diffusent lentement à chaque chapitre, déstabilisant la cohérence du vraisemblable vers l'invraisemblable. Ne serions-nous point en train de nous faire berner?

La mystérieuse L. finira par nous révéler en creux le fonctionnement de la logique fictionnelle jusqu'au renversement final, à ne pas lire avant la dernière page (et surtout pas à la page 282).

---

D'après une histoire vraie, de Delphine de Vigan

JC Lattès, 484 pages

*** 1/2

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