Liberté, héritage et déboires

Le DroitMaud Cucchi 4/5

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C'est l'histoire rocambolesque de Rose, fille du fier et stoïque commandant de Maisonneuve, et de la très lunatique Kristina, une aristocrate danoise capricieuse assistée de sa domestique Zelada.

Une histoire racontée par une sorte de biographe plus ou moins omniscient de cette jeune femme en rupture de ban familial après l'adolescence. Pour fuir l'emprise de sa folle de mère (repartie vivre au Danemark), ne pas être un poids pour son père posté en Afrique, Rose est renvoyée à Paris. Elle a déjà goûté à une enfance dorée lorsque sa famille habitait à Saint-Germain-en-Laye, n'a d'yeux que pour sa nourrice Zelada, à qui elle doit ses rudiments de survie.

À 20 ans, la jeune femme se retrouve livrée à elle-même au milieu des Grands Boulevards parisiens. Il lui faut vite trouver un travail et un toit. Jusque-là, sa perception du monde se cantonnait à Alexandre Dumas, les contes d'Andersen, Shakespeare (ce qui n'est déjà pas si mal) et à quelques expériences exotiques d'expatriée choyée.

En cette année 1909, elle atterrit dans un café où elle servira de boniche sous la gouverne de l'intraitable Marthe. Elle y découvre un monde interlope qui la reluque sans gêne, repaire lesbien très connu des habituées. L'une d'elles, Louise, la prendra en pitié, avant de la prendre sous son aile (puis de la prendre tout court). Malgré quelques déboires qui l'acculeront à la pauvreté extrême, Rose continue à prendre sa vie avec une distance élégante et fascinée. Le titre fait d'ailleurs référence à un poème de Guillaume Apollinaire.

Tout en flashbacks, l'écriture d'Agnès Desarthe se glisse dans les rythmes syncopés du galop et de la chute. Sans complaisance, l'auteure questionne l'emprise de l'héritage familial et la nécessaire liberté des individus, particulièrement celle des femmes en cette période de l'entre-deux-guerres où certaines livrent leur propre combat. La romancière tisse savamment sa toile, entraîne ses héros et ses lecteurs dans une liaison fatale qui vire au cauchemar, joue avec le froid et le chaud. Un récit d'initiation sinueux et pittoresque, dopé d'un féminisme naissant déjà aux prises avec des forces contradictoires.

Passionnant.

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Ce coeur changeant, d'Agnès Desarthe

Éditions de l'Olivier, 336 pages

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