Ouvrir des portes sur tous les possibles

L'auteure Lise Tremblay... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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L'auteure Lise Tremblay

Patrick Woodbury, LeDroit

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Lise Tremblay ne voulait pas écrire sur la mort de son père, ni sur la rage et la folie de sa mère. «Mais j'ai compris que je ne pourrais pas évoluer dans ma carrière d'écrivain si je n'en parlais pas. Je n'avais pas le choix», soutient la Saguenéenne, attablée devant un café, dans un restaurant d'Ottawa.

Celle à qui l'on doit La Danse juive (prix du Gouverneur général 1999), La Héronnière et La Soeur de Judith, entre autres, est catégorique: «Les livres, tu ne les choisis pas: ils viennent. Et tu perds tout le temps, si tu luttes contre eux!»

Si elle n'a donc pas eu le choix du fond, qui s'est imposé, Lise Tremblay a toutefois eu le choix de la forme. «C'est justement là que réside tout le travail», fait-elle valoir.

Avec pour résultat que Chemin Saint-Paul ouvre en alternance les portes des chambres de son père, qu'elle a accompagné dans la mort, et celles menant à sa mère, dont elle a fui les excès de tempérament à sa manière.

«Contre la folie, je ne crois qu'à l'exil», écrit-elle.

L'écriture comme exil

«La littérature est mon exil, confirme la quinquagénaire. Je viens d'un milieu ouvrier, je n'ai pas honte de ça pantoute. Mais ça veut dire que, chez nous, quand j'étais jeune, devenir écrivain ne faisait pas partie des possibles.»

Or, l'écriture est devenue pour elle l'espace de tous les possibles.

«Écrire m'a permis de me construire, sans pour autant renier d'où je viens, ni qui je suis.»

Avec Chemin Saint-Paul, elle épouse d'ailleurs la forme du récit plus personnel sur ses origines.

«J'avais envie de parler de la vie de mes parents, celle qu'ils ont eu avant moi, l'aînée des cinq enfants. Elle ne peut donc qu'appartenir à la fiction, cette vie que j'évoque, puisque je n'étais pas là.»

À partir de bribes de souvenirs et d'anecdotes, Lise Tremblay a donc «créé un sens» à leur parcours.

«Une des choses étonnantes qui est ressortie du processus, c'est la conscience de pauvreté de mon père, raconte-t-elle. Il ménageait toujours ses sous, nous disait tout le temps de ne pas trop dépenser pour lui.»

Lise Tremblay boit une autre gorgée de café avant d'éclater de rire en se remémorant un appel logé par son père, peu de temps avant son décès. «Il a négocié le transport de son corps de Québec à Saguenay en disant à la dame à l'autre bout du fil qu'il ne coûterait pas cher de gaz, étant donné qu'il était maigre!»

Si cette anecdote n'apparaît pas dans Chemin Saint-Paul, d'autres moments, tout aussi touchants et drôles à la fois, y trouvent leur place.

«Mon père savait qu'il allait mourir. Il ne le niait pas. L'année passée à prendre soin de lui a été apaisante. J'ai moins peur de la mort, aujourd'hui.»

Sa mère lui a pour sa part déjà avoué qu'à retourner en arrière, elle n'aurait pas d'enfants.

«Ça ne m'a jamais fait de peine, qu'elle me dise ça. Nous étions là, et elle a malgré tout pris soin de nous, au mieux de la femme qu'elle était.»

L'auteure croit fondamentalement en la parole. «Les choses dites sont moins angoissantes.»

Cela ne rend pas nécessairement parler de sa famille facile pour autant. «Ça m'énervait un peu, beaucoup, en fait», confie-t-elle.

Assumer les choses

Une rencontre fortuite avec Michel Tremblay (avec qui elle n'a aucun lien de parenté) l'a néanmoins réconfortée: «Quand je lui ai mentionné que ça me faisait peur, il a répliqué: "Ça fait 37 ans que je le fais et je n'en suis pas mort!" Ça m'a fait rire... et j'ai continué.»

Et ce, même si elle reconnaît «mal jongler» avec la responsabilité que cela peut représenter. «Je ne veux faire de peine à personne, mais en même temps, j'ai le droit de m'exprimer.»

De toute façon, tient-elle à préciser, elle ne prétend pas raconter la vérité ou la réalité, dans Chemin Saint-Paul.

«Il s'agit de ma vision des choses. Et je l'assume», conclut-elle dans un sourire serein.

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