Vivre entre les points

Pour Martine Delvaux, écrire relève plus de l'exercice... (Courtoisie)

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Pour Martine Delvaux, écrire relève plus de l'exercice de lucidité.

Courtoisie

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«Il est parti pour que j'écrive.»

Il, c'est le père de Martine Delvaux. L'étranger qui a abandonné sa mère enceinte, en 1968. Une figure paternelle demeurée inconnue, floue et qui, tel un fantôme, la hante depuis sa naissance. Une page vierge sur laquelle l'auteure dépose aujourd'hui, avec Blanc dehors, ce dont elle est «fabriquée depuis toujours».

L'histoire personnelle de Martine Delvaux rappelle un casse-tête «dont les pièces manquantes seraient peut-être les plus importantes». Pour le construire, la quadragénaire a dû travailler avec les blancs, avec l'absence. Les accepter. «Ce n'est pas tant écrire une histoire qui n'est pas racontable que raconter une histoire que je n'ai pas.»

D'où l'image des points numérotés, sur la couverture. Des points qui, une fois reliés, donnent forme, délimitent les secrets de familles. Incluant la crèche, où sa mère l'avait initialement laissée, et le passé sombre de son père.

Blanc dehors fait aussi référence au fait que l'auteure (Rose amer, Les Cascadeurs de l'amour n'ont pas droit au doublage, Les filles en série. Des Barbies aux Pussy Riot), est née en plein hiver, à Québec. Or, son écriture en évoque justement les bourrasques, qui tantôt réduisent la visibilité, tantôt redéfinissent le décor.

«Dans Rose amer, j'écrivais comme un vautour qui, du haut des airs, surveille sa proie avant de plonger. Cette fois, cette spirale bouge, aspirant puis rejetant, dans un déplacement qui se rapproche de celui de la tornade.»

D'ailleurs, Martine Delvaux l'avoue: elle a elle-même «tourné autour du pot», accumulant les petits bouts de phrases ou de chapitres au fil des années.

«J'avais besoin d'atteindre une certaine maturité, non pas identitaire, mais d'écrivaine: je devais savoir comment moi j'écris pour pouvoir m'attaquer à ce livre.»

Elle a ainsi longtemps tourné autour de cette image d'une comédienne morte, clin d'oeil assumé à Marie Trintignant, qu'elle évoque dans Blanc dehors.

«Cette image est celle d'un roman raté qui m'a finalement ouvert les portes sur le livre que je devais écrire.» Et ce, bien que pour elle, l'écriture n'ait «rien d'un lieu de catharsis ou de réparation».

Pour Martine Delvaux, écrire relève plus de l'exercice de lucidité.

«Quand on part des faits, du réel, il y a inévitablement mise en jeu de l'entourage. Mon souci, c'est de blesser le moins possible. Mais si on fait trop attention, on n'écrit jamais... Et puis, quand on est dans ma vie, on sait que j'écris!»

Blanc dehors, noir dedans?

Son plus récent titre renvoie aux pans de son histoire personnelle truffés de vides, de trous de mémoire - parfois, voire souvent laissés volontairement non comblés par ses proches.

Il fait écho aux zones d'ombres.

S'il y a du Blanc dehors, c'est qu'il y a du noir dedans, «quelque chose de très noir, au coeur de tout ça», confie-t-elle.

Une scène de crime. Un «génome un peu inquiétant» dont elle a hérité de son père. «D'une part, il y a l'absence. De l'autre, quelque chose d'ingérable, de très sombre. Comme si je me retrouvais entre l'arbre et l'écorce de l'identité, entre rien et trop», précise Martine Delvaux.

Malgré ce qu'elle révèle de l'histoire de sa mère et de «cet homme qui a choisi de ne pas être père», elle ne considère pas le contenu de son roman comme un lieu de courage.

«Là où je suis le plus fragilisée, c'est dans ma manière de penser et d'écrire. C'est là que je laisse entrer les gens au plus près de ce que je suis.»

Et à ceux qui pourraient croire que Blanc dehors est la bouteille lancée à la mer par une fille en quête d'un père, elle réplique: «J'ai toujours été "trouvable".»

Ainsi, pour elle, le destinataire de son roman n'est pas son père, mais le lecteur. «C'est lui, le vrai père. Lui à qui je m'adresse et qui, en me lisant, fait exister ce que j'ai écrit.»

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