Distiller l'amour fou

Le DroitMaud Cucchi 3/5

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«Pour dire les choses vite, quand je suis rentré chez moi ce soir de juillet, il y avait un homme mort dans le salon.»

Afin de préserver le suspense distillé par Christian Oster, nous nous limiterons à indiquer que le narrateur s'appelle Simon, conférencier médiéval sans histoire, que la minute suivant cette macabre découverte dans son salon, il surprend sa femme paisiblement plongée dans un bain fumant. Avant de la voir empoigner une serviette, faire son sac et prendre la poudre d'escampette sans aucune forme d'explication. Seule la balustrade de la mezzanine, défoncée, laisse imaginer ce qui se serait passé.

Récompensé d'un prix Médicis en 1999, Christian Oster s'impose comme la découverte surprise de cette rentrée littéraire, même s'il compte déjà bien des adeptes. En effet, comment résister à son écriture méticuleuse à la moelle, sèche et sans fioriture pour dépeindre des situations aussi improbables qu'insolites?

Dans Le coeur du problème, l'auteur entraîne son narrateur aux lisières de la folie, de l'amour fou plutôt, et de sa fin. Sans connaître l'identité de la victime, ni les motifs du crime, Simon choisit de se débarrasser du cadavre seul. Plein d'incompréhension et de crainte d'être confondu, mais cartésien indéfectible, il se débat avec ses conflits intérieurs. Un jour, alors qu'il rapporte la disparition de sa femme au poste de police, un gendarme le trouve bien avenant. Au point de l'inviter à disputer un match de tennis la semaine suivante... Il serait tout de même suspicieux de refuser.

Un mot de travers, et le résultat pourrait vriller dans l'élucubration insipide. Il n'en est rien. Tout le récit - aussi farfelu soit-il - repose sur une démonstration psychologique d'une précision quasi-obsessionnelle. Associant la folie la plus absurde à la raison la plus implacable, Le coeur du problème est construit comme une vertigineuse machine à broyer le cocufiage et les relations de couple. En ressort un récit inclassable, drôle et décalé à la fois, intraitable aussi avec la bourgeoisie de province. Un humour ravageur et délicieux. 

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Le coeur du problème, de Christian Oster

Éditions de l'Olivier, 192 pages

*** 1/2

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