L'horrible délice du Nothomb nouveau

Le DroitMaud Cucchi 3/5

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Il ne faut pas chercher l'inédit, dans ce nouveau Amélie Nothomb, mais une impression agréable de chausser des pantoufles pour découvrir ce que l'auteure belge nous a réservé cette année.

La mise-en-bouche en quatrième de couverture promet un régal cinq étoiles: «Ce qui est monstrueux n'est pas nécessairement indigne.»

Et c'est parti pour une lecture en roue libre, 135 pages (gros caractères) trop vite dévorées à la fin desquelles une évidence s'impose: la vedette d'Albin Michel a atteint une telle notoriété qu'elle n'en fait qu'à son chapeau. Quitte à faire tenir l'intrigue sur un confetti en éliminant tout rebondissement, à réitérer le placement de produit à la James Bond (chez elle, du champagne Laurent-Perrier cuvée Grand Siècle), ou à s'adresser à son lecteur comme à un vieil ami... ce qui n'est pas désagréable, après tout. 

L'arrière-plan narratif oscille entre Agatha Christie et Woody Allen: jeune fille d'une famille aristo belge bien-comme-il-faut, Sérieuse (c'est le nom du personnage) s'ennuie (évidemment). En quête de sensations fortes qui la sortiraient de sa neurasthénie, elle décide de passer une nuit seule en forêt. Une voyante la récupère en piteux état, prévient derechef son père obnubilé par l'ultime garden-party qu'il donnera au château du Pluvier avant la vente de la propriété. En repartant, la voyante lui annonce qu'il tuera l'un de ses invités à la fête...

«Quand même, elle y va fort», ne peut-on s'empêcher de penser. Fort dans l'incongruité des situations comme dans la confection de protagonistes bien singuliers dont elle a le secret. Fort aussi dans sa propension à ronronner un peu sur des rouages que l'on connaît par coeur. Amélie Nothomb a plus d'un tour pour satisfaire annuellement les attentes de son cercle (immense) d'inconditionnels; force est d'admettre que l'on s'y retrouve avec joie cette année itou. 

Si sa formule change peu ou prou, elle excelle dans l'art du contre-pied hilarant au rythme bigrement enlevé: des protagonistes avec des noms à coucher dehors (Sérieuse aurait-elle décroché la palme de sa bibliographie?), des pirouettes stylistiques savoureuses, quelques piques décochées à l'encontre de nos habitudes langagières. Le terme «ressenti» en prend pour son grade tandis qu'«argutie» méritera un petit tour dans le dictionnaire. 

Quant à l'histoire, on s'y accroche mollement sans trop croire au suspense en titre. Sous l'élégance blasée, le regard de l'auteure reste vif et le jugement saignant. On sent derrière ce livre fantaisiste la fille «du monde» qui règle ses comptes avec des personnages déchirés entre l'être et le paraître, la comédie sociale et les exigences du coeur, où les enfants passent souvent au second plan et la réputation au premier. Un horrible délice.

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Le crime du comte Neville, d'Amélie Nothomb

Albin Michel, 144 pages

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