Petit Piment... pas si fort

Le DroitMaud Cucchi 2/5

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Deux ans après le remarquable Lumières de Pointe-Noire, Alain Mabanckou nous replonge dans sa ville natale, au Congo, dans un nouveau livre au style toujours aussi truculent mais dont la narration peine à tenir la longueur. Le début de Petit Piment, pourtant, se voulait fort prometteur.

Le nouveau héros d'Alain Mabanckou s'appelle Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko - autrement traduit, du lingala, «Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres». À l'orphelinat où il a atterri bébé, tout le monde l'appelle Moïse pour faciliter les choses, ce qui l'agace au plus haut point. D'autres préfèrent Petit Piment, un surnom pour lui rappeler l'un de ses mauvais coups.

Entre toutes ces appellations, l'adolescent peine à se trouver. D'autant qu'il arrive à un âge où les questions fusent. «Les regards qui se posaient sur nous ne mentaient pas: aux yeux des Ponténégrins, orphelinat rimait avec prison, et on n'entrait dans une prison que parce qu'on avait commis un délit grave, voire un crime...».

La narration s'emploiera à pousser Moïse vers le funeste destin qui l'attendait. Le thème est grave mais le tempo aussi léger qu'un cours de danse zouloue animé par Papa Moupelo, personnage fantasque et excessif trop vite abandonné par l'auteur.

Enfance trouble

La première partie du roman - la meilleure - retrace cette enfance mouvementée dans l'institution catholique dirigée d'une main de fer par le terrible Dieudonné Ngoulmoumako. L'auteur y orchestre avec brio cette faune d'enfants marginalisés: petits règlements de comptes entre caïds, arrangements entre tous, sur fond de gros dérangements politiques dans un pays en pleine révolution socialiste. Premières victimes du marasme congolais, ces femmes tombées enceintes et délaissées par leur amant/mari, lesquelles n'ont d'autre choix que de confier l'éducation de leurs rejetons à l'orphelinat de Loango.

Parmi les 300 pensionnaires en sursis, il y a le bon ami et confident, Bonaventure Kokolo, les jumeaux meneurs de bande puis trafiquants, mais aussi la douce infirmière Sabine Niangui et les surveillants au passé trouble.

L'imagination de ces enfants délaissés réinvente un quotidien austère, propose des raccourcis délirants qui embellissent la réalité. Jusqu'au chapitre où Petit Piment décide de s'enfuir de l'orphelinat avec sa bande. La suite du récit perd du souffle en se confrontant au monde extérieur. On retourne dans les quartiers de la prostitution occupés par les travailleuses ex-Zaïroises que l'auteur évoquait dans son précédent roman, mais sans la truculence des premières pages. La seconde partie brosse en accéléré la déchéance du protagoniste principal qui sombre dans la folie entraîné par le fardeau de son passé. Avec une fin un peu décevante, il semblerait qu'Alain Mabanckou ait fait le tour de Pointe-Noire, côté ombre et côté lumière.

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Petit Piment, d'Alain Mabanckou

Seuil, 288 pages

** 1/2

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