Élise Turcotte, ou la plume de la résistance

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Si Élise Turcotte porte les notes de fond de son Parfum de la tubéreuse depuis quelques années déjà, c'est lors du printemps érable que les notes de tête - et, plus encore, de coeur - se sont développées.

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Empreint des pistes olfactives de la mémoire des mots et du pouvoir de la connaissance, Le Parfum de la tubéreuse laisse poindre le cri du coeur de la poète engagée et s'inscrit dans l'urgence de défendre l'enseignement et la littérature.

«Le mot-clé de mon roman, c'est la résistance!» s'exclame Élise Turcotte.

Si l'écrivaine porte les notes de fond de son Parfum de la tubéreuse depuis quelques années déjà, c'est lors du printemps érable que les notes de tête - et, plus encore, de coeur - se sont développées.

«Toute la structure de mon texte est tombée en place à partir de là. Ce n'est sûrement pas un hasard si j'ai quitté l'enseignement après la crise étudiante. Quelque chose s'est brisé, en moi, à ce moment-là...» confie celle qui est notamment descendue dans les rues de Montréal en arborant le fameux carré rouge, en 2012.

Ainsi, son héroïne, Irène, meurt foudroyée. Le seul souvenir qu'elle apporte avec elle là où elle est emmenée? Le recueil de nouvelles et récits Dialogues en paradis de la Chinoise Can Xue - qui a carrément «envoûté» Élise Turcotte.

Irène se retrouve dès lors dans un purgatoire symbolique, prenant la forme d'un bunker où elle est contrainte d'enseigner la littérature à des étudiants fantômes (dont Lydie, curieuse et à l'esprit potentiellement rebelle). Elle y parvient grâce à son seul exemplaire du titre de Can Xue, et ce, malgré la surveillance de Théa, son ancienne collègue... dans une autre vie.

Il n'est d'ailleurs pas innocent qu'Irène ait opté pour son livre de chevet pour l'accompagner dans sa mort. «Pensent-ils vraiment qu'on puisse enseigner la littérature sans livres? Je devrais me souvenir que oui, mais je préfère oublier», soulève l'auteure par le biais de son personnage.

Des fantômes à (r)éveiller

Il s'avère tout aussi évocateur que les étudiants d'Irène soient des fantômes, à l'instar des personnages créés par les auteurs qui hantent l'esprit des gens pendant leur lecture. «Nos bibliothèques sont remplies de fantômes au pouvoir insoupçonné, ne serait-ce que parce qu'ils existent à travers les mots!»

Ou à l'instar d'un parfum, qui permet parfois aux souvenirs d'affleurer à la surface de la mémoire.

«Les parfums, tout comme les livres, ne sont-ils pas des silhouettes de chats qui traversent les couloirs bien après leur disparition?» demande Élise Turcotte dans sa plaquette de 128 pages.

Tout est métaphore soigneusement filée dans ce court mais dense roman de la poète, nouvelliste et romancière (L'Île de la Merci, La maison étrangère, Rose : derrière le rideau de la folie, Guyana...).

Car il s'avère vite évident que, vivante ou morte, Irène cherchera toujours à provoquer ses élèves en leur proposant des lectures difficiles, «dur[e]s comme des pierres précieuses». Tandis que Théa, elle, a plutôt choisi de favoriser un certain clientélisme, de tendre vers le plus facile.

Cristallisées lors de la grève étudiante, leurs positions semblent d'autant moins conciliables dans le bunker, où plusieurs obéissent «par habitude, alors qu'on ne sait même pas qui régit vraiment» l'endroit, évoque Élise Turcotte.

«L'institution nous incite à apprendre aux étudiants à obéir, à devenir des citoyens modèles et efficaces, alors que ce n'est pas ça du tout, la connaissance!» s'insurge-t-elle.

Or, les enseignants ne sont pas les seuls assurer la transmission du savoir : les élèves aussi ont leur rôle à jouer, dans cet échange autrement vital pour la suite des choses, selon l'écrivaine.

Elle signe donc son roman tel un manifeste, pour rappeler à tous leurs responsabilités ainsi que «la puissance des mots, qui, comme les parfums, portent le pouvoir de la résistance et représentent une arme de survie».

Le parfum de l'envoûtement

Après le recueil de Can Xue, empreint des effluves de la tubéreuse, Élise Turcotte a reçu un premier parfum mettant cette fleur en valeur de son amoureux (Rouge et Noir, d'Eisenberg) au moment d'entreprendre l'écriture de son roman. «La tubéreuse dégage une odeur rébarbative à la base, qui se développe en une odeur assez forte et résolument prégnante et intense.»

Au point d'en devenir obsédant. Or, si elle possède quatre parfums de tubéreuse dans sa collection (incluant Nuit de Tubéreuse d'Artisan Parfumeur, et Mandragore d'Annick Goutal, dont son héroïne parle), en plus d'en avoir essayé plusieurs, Élise Turcotte est consciente que tous ne lui conviennent pas. Comme un livre peut ne pas convenir à tous.

On ne s'étonne donc pas que son hommage à l'auteure chinoise et à cette fleur aussi capiteuse que mystérieuse, qui devait initialement tenir en une courte nouvelle, ait finalement pris une autre dimension. Ni que pour elle, le parfum de la tubéreuse incarne la métaphore parfaite pour évoquer l'enseignement, et plus particulièrement celui de la littérature.

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