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Parce que la vie n'est pas un long fleuve tranquille

Le DroitValérie Lessard 3/5

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Sylvie Drapeau connaît assurément le pouvoir évocateur des mots.

Tant sur les planches qu'aux grand et petit écrans, la comédienne a l'habitude de s'approprier ceux des autres, de Victor-Lévy Beaulieu à Michel Tremblay, en passant par Denys Arcand; d'Anton Tchekov à Tennessee Williams, en passant par Carlo Goldoni. Voilà qu'elle joue aujourd'hui des siens pour prêter voix aux (é)mouvances du coeur et de l'âme de sa narratrice, une fillette de cinq ans débordante de vie et d'amour, qui voit son frère aîné et adoré se noyer sous ses yeux impuissants dans le fleuve. «Tout cela arrive si vite: toi qui es là, toi qui n'y es plus, toi qui es là encore avec la terreur, toi qui ne seras plus jamais là.»

Ses mots, soigneusement choisis et empreints de lyrisme, rendent ainsi compte de la ferveur admiratrice de la petite pour son grand frère; égrènent les prières d'une autre époque comme autant de points de repère quotidiens; laissent entrevoir les doigts et les sourires rougis par les fraises, voire s'amusent à énumérer les différences entre une Côte-Nord sauvage (Sylvie Drapeau est elle-même née à Baie-Comeau) et le sud «de crème fouettée», de l'autre côté du Saint-Laurent. Avant de laisser affleurer toute la détresse d'une «meute» ayant perdu l'un des siens. Un clan de «statues de sel», pétrifié par la douleur, le manque, le vide. Mais qui, petit à petit, retrouvera le goût de rire et reprendra pied dans l'existence, à l'instar de «la plus grande des petits» qui fera son entrée à la maternelle, où elle est accueillie par une enseignante avec «deux pierres précieuses à la place de ses yeux et plein de petites rides autour [...] La preuve que ça laisse des traces, la joie.»

Le Fleuve est le tout premier roman de Sylvie Drapeau, dont la plume est fort joliment bercée par le vent du large et le rythme des saisons, baignée de neige et de lumière, et ce, malgré la cruelle morsure de la marée traîtresse et le trou noir d'une absence qu'on devine intime. Il est toutefois dommage que son texte se termine de façon aussi abrupte. Cela laisse une malencontreuse impression d'être laissé en plan ou, du moins, en manque ne serait-ce que d'une phrase pour mettre un point d'orgue à un roman autrement bien mené. En librairies dès mercredi, le 26 août.

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Le Fleuve, de Sylvie Drapeau

Leméac, 72 pages

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