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Tas-d'roches, ou écrire pour célébrer les langues

«J'avais envie d'explorer le fait que notre identité...

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«J'avais envie d'explorer le fait que notre identité est traversée de lieux et de rencontres, qui laissent des traces et nous façonnent», explique l'auteur Gabriel Marcoux Chabot.

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Chaque rentrée réserve son lot de romans relevant de l'événement. C'est le cas de Tas-d'roches.

Dire que la foisonnante offrande de Gabriel Marcoux Chabot s'avère un livre étonnant relève assurément de l'euphémisme.

Ici, le texte se divise en colonnes parallèles pour offrir plus d'un point de vue sur un même événement.

Là, les logorrhées hautes en couleurs de la mère dudit Tasderoches sertissent les recettes détaillées dans le menu, «testées et approuvées» de la mère de l'auteur pour mettre en appétit l'esprit et la panse des amateurs de littérature sortant des sentiers moult fois battus. Avec pour résultat que l'exercice de style, que le trentenaire a peaufiné et structuré pendant quelque sept ans, s'avère une jouissive expérience de lecture, certes déconcertante par moments, mais ô combien agréable à déguster.

«J'avais envie d'explorer le fait que notre identité est traversée de lieux et de rencontres, qui laissent des traces et nous façonnent», explique Gabriel Marcoux Chabot.

Il a donc choisi un lieu: Saint-Nérée, dans le comté de Bellechasse, ses forêts et ses rivières, c'est-à-dire le décor où l'homme de 32 ans a grandi et où il a voulu «enraciner» son roman et son héros.

Ensuite, lui est apparu un personnage plus grand que nature, aux multiples facettes: un enfant adopté au Chili (comme l'un de ses amis d'enfance), dont il a fait un héros fantasmé, baptisé Joselito mais mieux connu sous le surnom de Tasderoches. «Un homme fort, très viril, qui devra apprendre à accepter sa sensibilité, voire sa part féminine.»

Chevalier des temps modernes, entouré de sa cour (incluant ses parents, son oncle et sa tante, ses compagnons de Donjons et dragons et sa tendre Isabelle), Tasderoches a pour fier destrier une vieille Celica revampée, qu'il n'hésite pas à chevaucher dans les derbys de démolition de son coin de pays, notamment quand vient le temps de sauver son honneur face aux harangues fielleuses de son éternel ennemi Ti-Lou Garou.

Du français de Rabelais à la langue innue

Tas-d'roches aurait pu être un énième roman sur les heurs et malheurs de devenir un homme.

Or, Gabriel Marcoux Chabot s'est plutôt attelé à la tâche de raconter l'histoire de son fameux Tasderoches dans une langue goulue et gouleyante, empruntant autant au vocabulaire orgiaque de Rabelais qu'au joual dialogué de Michel Tremblay; à l'esprit conteur de Fred Pellerin qu'au florilège d'épithètes du capitaine Haddock; à la poésie intrinsèque de l'innu qu'à la beauté particulière du chiac.

On y boit donc à grandes lampées. On y boustifaille à devoir s'en détacher les boutons de jeans. On s'y ressource au contact de la nature. On s'y aime aussi, à cor et à cri. Tout ça, sans complexes et, plus encore, sans modération.

«Les mots sont des filtres entre nous et le monde. Ils incarnent les limites et les possibilités à partir desquelles nous appréhendons et comprenons le réel. D'une langue à l'autre, les mots varient pour nommer, exprimer. Ce faisant, ils changent notre rapport au monde, explique l'auteur. Chaque fois que je passais d'une langue à l'autre, je touchais à l'authenticité d'une vision du monde propre à chacune. J'ai voulu les faire côtoyer afin de voir à quel point elles pouvaient être compatibles.»

À son avis, il est donc normal de ne pas tout comprendre, voire de consulter un dictionnaire au besoin - ce qu'il a lui-même fréquemment fait en cours d'écriture, puisant tantôt dans un ouvrage sur le vieux français «d'avant les années 1300», tantôt dans un dictionnaire français-innu pour ciseler son texte.

Paysage de mots et combinaisons de voix

«Je n'avais pas à me mettre dans un état d'esprit précis pour écrire dans une langue ou dans une autre. J'avais un vaste paysage autour de moi et j'étais au centre de tout ça, si bien que je n'avais qu'à tourner la tête pour changer d'angle et de vue, et du même coup changer de 'voix' narrative, de ton, de rythme», raconte d'une voix tranquille Gabriel Marcoux Chabot, justement installé sur la galerie devant son nouveau décor, lui qui vient de s'établir avec sa petite famille à Canton-Tremblay, au Saguenay.

Afin de parvenir à tisser sa toile, encore lui fallait-il suivre les bons fils, assumer les noeuds délibérément formés quand deux ou trois «voix» se fondent et se confondent dans un même chapitre.

«Ces combinaisons ont représenté tout un casse-tête pour moi, qui ai dû réécrire certains passages pour que tout fitte à la virgule près, puis pour mon éditeur [Druide], quand est venu le temps de finaliser la mise en page du roman!» reconnaît le principal intéressé, en riant doucement dans sa barbe.

Au final, l'auteur se dit convaincu d'une chose: les lecteurs «de bonne volonté», eux, ont maintenant l'occasion de s'abandonner et explorer «plusieurs mondes en un».

Jouer de la prose pour mener à la poésie

Le mariage de la prose et de la poésie est loin d'être innocent, dans Tas-d'roches. Sous les effets de plume de Gabriel Marcoux Chabot, il marque les passages de l'extérieur vers l'intérieur, et vice-versa.

«Dans mon roman, la prose rend compte d'un point de vue spécifique. Elle sous-tend l'action, mais aussi l'affrontement, l'incapacité à accueillir l'autre, fait valoir l'auteur. La poésie permet quant à elle l'émergence de l'émotion. Elle est bulle, moment d'introspection, concentré de vérité qui deviennent, pour Tasderoches, une façon d'accepter les différentes facettes de l'homme qu'il est en train de devenir.»

«J'écris de la prose, mais c'est vers la poésie que je tends, renchérit-il. Mon espoir, et mon but secret avec ce livre, c'est de prendre le lecteur par la prose pour lui montrer à quel point la poésie est essentielle dans nos vies!»

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