Permis de déconstruire

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Cent fois sur le métier tu remettras ton ouvrage, dit l'adage.

Conseil pulvérisé par le peintre et sculpteur Alberto Giacometti qui n'a cessé de construire et déconstruire son travail dans l'espoir d'attraper toujours un peu plus de réalité dans ses oeuvres. Rares sont les témoignages comme celui du japonais Yanaihara Isaku, modèle de Giacometti au cours des années 1956-1961, qui ont su dévoiler avec telle proximité la façon artisanale d'oeuvrer, ce processus si intime et évolutif qui, de l'inspiration à la reproduction, organise le travail artistique. Dans ce beau livre publié chez Allia, Isaku Yanaihara retrace tout en poésie et photos d'archives son expérience de modèle auprès de l'un des plus grands artistes du XXe siècle. Le récit s'ouvre d'abord sur des images et des sentiments limpides nés de sa fascination pour Giacometti - avant de lever le voile sur des zones plus incertaines et plus troubles.

Dans la promiscuité de l'atelier sis dans «l'un des moins cotés des quartiers populaires de Paris», il y va d'une obstination acharnée. Yanaihara Isaku subira quelque 230 séances de pose, docile mais conscient de participer à une rencontre unique.

«Durant ce mois et demi à Paris, je n'ai fait que me tenir immobile dans un atelier triste comme un vieux cagibi délabré, écrit-il. Venir à Paris n'aurait eu aucun sens si j'avais dû, même un jour, faire autre chose qu'être assis.»

Des heures durant, les deux hommes se font face, l'un sculpteur de génie, peintre à l'occasion, l'autre voyageur de passage, émerveillé par la vie parisienne mais bientôt rappelé au Japon. Son séjour de recherche universitaire tire à sa fin, Giacometti l'implore de rester. «Je viens seulement de commencer à comprendre une chose», ose le sculpteur. Yanaihara Isaku repousse son départ, une fois, puis deux... mais ne verra jamais véritablement le fruit de ces longues heures d'attente.

Avec Giacometti nous entraîne dans un processus de création vertigineux, avec sa part d'ombre, de folie, de répétition sans fin. En décrivant précisément sa relation avec l'artiste - et sa femme, Annette - il interroge son lecteur: lorsque Giacometti peint puis efface, déconstruit-il son oeuvre, ou bien l'effacement est-il une forme de recréation? À méditer...

YANAIHARA ISAKU, TRADUIT DU JAPONAIS PAR VÉRONIQUE PERRIN

Avec Giacometti

ÉDITIONS ALLIA, 224 PAGES

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