La fine ligne de l'engagement

Le DroitValérie Lessard 3/5

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Pour Jean-Christophe Rufin (Rouge BrésilGlobaliaLe parfum d'AdamKatiba...), le titre de son plus récent roman renvoie bien sûr à ces postes de contrôle parfois dangereux que le personnel humanitaire doit traverser en zones de conflits pour acheminer leur cargaison auprès des populations touchées par les affres de la guerre.

Il renvoie aussi - et surtout - à cette frontière intime que d'aucuns finissent parfois par franchir dans leur quête de faire le bien: ce check-point tout personnel qui fait passer un homme ou une femme dans un camp, par convictions politiques, voire par amour, au risque de mettre en péril la vie des autres. Car entre l'impossible indifférence à la détresse et l'impartialité souhaitée des humanitaires, la ligne peut devenir très mince. Et le coeur balancer à en perdre l'équilibre.

D'emblée, l'on découvre donc Maud, blessée et poursuivie dans les montagnes enneigées d'une Bosnie déchirée par la guerre en 1995. Comment l'idéaliste de 21 ans, qui cache sa féminité et sa vulnérabilité sous des vêtements difformes, s'est-elle retrouvée là? C'est ce que l'auteur fait comprendre au lecteur, levant peu à peu le voile sur la mission humanitaire à laquelle Maud prend part. Et sur chacun des cinq membres de l'expédition, puisqu'elle est la seule femme parmi quatre hommes aux tempéraments et aux parcours pour le moins différents: Lionel, Alex, Marc et Vauthier. Chacun possède ses propres motivations pour s'être porté volontaire, Maud incluse. Et la cargaison de leurs camions cache elle aussi sa véritable nature.

En s'éloignant délibérément des conflits actuels, Jean-Christophe Rufin était conscient d'éviter de s'enfarger dans des détails (dates, lieux, etc.) trop frais à la mémoire des lecteurs. La guerre en Bosnie est juste assez récente pour avoir laissé des traces dans l'inconscient collectif, tout en donnant à Ruffin le recul et la latitude nécessaires pour plonger au coeur des enjeux moraux qu'il avait envie d'explorer. Ce qu'il fait ici avec la pertinence qu'on lui (re)connaît, doublée d'une redoutable efficacité: Check-Point nous tient non seulement en haleine, mais il nous fait également réfléchir sur les conséquences de l'engagement. Et ce, malgré une fin qui paraît un brin expédiée.

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Check-Point, de Jean-Christophe Rufin

Gallimard, 398 pages

*** 1/2

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