Regard cynique sur le monde journalistique

Le DroitIsabelle Brisebois 3/5

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Trente-cinq ans après Le Nom de la rose, l'éminent sémiologue et romancier italien Umberto Eco s'est visiblement fait plaisir avec Numéro Zéro, un thriller politico-historico-satirique portant sur le journalisme, la corruption... et la mort traficotée de Mussolini.

«Ce ne sont pas les informations qui font le journal, mais le journal qui fait l'information», insiste Simei, grand manitou derrière le futur journal Domani, quand il s'adresse à son équipe de rédaction composée de cinq hommes et une femme dont les carrières, jusqu'à maintenant, battaient de l'aile. L'action se déroule à Milan, en 1992, l'année des enquêtes contre les Tangentopoli, les pots-de-vin qui impliquaient la classe politique italienne.

Fin manipulateur, Simei confie le rôle de rédacteur en chef à un homme de confiance, Colonna, écrivain érudit mais raté, avec qui il partage un secret : Domani ne verra jamais le jour. Pourquoi cette mascarade? Pour mettre dans l'embarras le propriétaire du journal, le Commandeur Vimercate, question de pouvoir ensuite lui faire un peu de chantage...

Sans scrupule, le duo enseignera aux nouvelles recrues la glorification des potins people, des titres trompeurs, des scandales, des faits divers sensationnalistes, des fausses enquêtes et des scoops bidouillés. Pendant un an, les journalistes vont donc s'exercer à rédiger des numéros zéro, tous fictifs, et à «faire la nouvelle là où elle n'existe pas». Parmi eux, il y a Braggadocio, une encyclopédie sur deux pattes (hilarant ; le personnage permet par exemple un passage fort détaillé sur le choix d'une voiture) en quête de vérité. Il affirme avoir une authentique primeur: Mussolini serait toujours vivant.

Une théorie du complot labyrinthique qui repose sur l'assassinat présumé de son sosie. Et à trop vouloir déterrer les morts, le pauvre en paiera le prix. Avec un humour décapant, Umberto Eco jette un regard cynique et impitoyable sur le monde journalistique, la désinformation et les liens parfois tordus entre le pouvoir politique et les médias.

Tantôt, il entraîne le lecteur dans le résolument burlesque, tantôt il lui envoie quelques faits historiques, mais toujours il le pousse à se questionner sur sa propre réalité. Même si ce court roman n'a pas le souffle du Nom de la rose, il réussit tout de même à capter le lecteur avec un sujet percutant et résolument d'actualité.

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Numéro zéro, d'Umberto Eco

Grasset, 224 pages

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