Frida et le camarade Trotsky

Le DroitYves Bergeras 3/5

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La BD que voue l'auteur belge Jean-Luc Cornette à la peintre mexicaine Frida Kahlo s'intéresse moins à sa peinture qu'au rôle politique qu'elle et son mari Diego Rivera joueront vers 1937, en accueillant chez eux Léon Trotsky, dont la tête a été mise à prix par le régime stalinien. Ce «camarade», la belle Frida va en faire son amant.

Le scénariste Jean-Luc Cornette - qui était l'un des invités du Festival de la BD francophone de Québec, la semaine dernière - signe ici une oeuvre copieusement documentée sur cet épisode historique déjà évoqué dans les films Frida et L'assassinat de Trotsky. Une bibliographie ouvre la BD. Un court appendice informatif retrace, photos à l'appui, le parcours de la peintre et apporte des éléments biographiques sur les principaux protagonistes mis en scène ici.

Malgré sa grande rigueur, le sujet semble être traité avec légèreté. C'est que Cornette pimente son exploration socio-politique en évoquant sans tabou les moeurs libérées des protagonistes. Frida, Diego, Léon (rebaptisé «Barbichette» par sa maîtresse) ont tous la libido dans le tapis, mettant autant de passion à s'aimer que d'enthousiasme ardent à se dévergonder au moindre coup de sang. Le priapisme de Rivera, grand fornicateur devant l'Éternel, va déteindre sur le Russe, qui, bien que débarqué au Mexique en compagnie de son épouse, semble plus préoccupé par la croupe de Frida que par son «procès» mexicain. Trotsky a en effet convoqué une assemblée judiciaire (la commission Dewey) destinée à le juger, dans l'espoir que ce tribunal soit plus équitable que les bureaucrates russes du Petit père des peuples.

Aussi sexualisés ces personnages semblent-ils, le trait de crayon de Flore Balthazar rend les choses avec délicatesse. Les auteurs ne soulignent pas l'érotisme des situations, mais posent un regard amusé sur la faune, profondément humaine, qu'ils dépeignent. Malgré tous les détails factuels, quasi-journalistiques, du récit, il s'en dégage un ton facétieux, presque romanesque. On ne sait plus trop si on est dans l'étude de moeurs, le récit d'aventure, le thriller politique, le clin d'oeil artistique ou le compte rendu d'une passion amoureuse.

Ce mélange donne une impression surréaliste... que renforcera l'arrivée d'André Breton au Mexique, puis la rencontre, à Paris, entre Marcel Duchamp et Frida, que la neige n'a pas fait perdre son perdu langage «fleuri», et qui lui lancera bravache que «les surréalistes sont tous des cinglés ou des fils de pute». Et c'est bien cette richesse qui fait tout le charme et l'intérêt de cette jolie BD.

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Frida Kahlo. De Jean-Luc Cornette et Flore Balthazar.

Delcourt/Mirages, 121 pages

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