Le coffre à outils d'Alain Labonté

Son livre, Alain Labonté le voit telle une... (André Pichette, La Presse)

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Son livre, Alain Labonté le voit telle une main ouverte, offerte à l'inconnu. «En écrivant, je ne me suis pas demandé si je pouvais parler de tel ou tel aspect de ma vie. Je suis resté au plus près de mes émotions et de ce qui m'apparaissait important de dire.»

André Pichette, La Presse

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Alain Labonté avait déjà beaucoup écrit: des chansons (dont Tant qu'il y aura, de Marc Hervieux), ainsi que moult communiqués de presse pour les artistes et organismes (d'Isabelle Boulay à l'Opéra de Montréal) et nombreuses causes auxquelles il est associé (Les Impatients, le Centre Philou...). Avec Une âme et sa quincaillerie, il signe un premier livre, empreint de tout l'amour qu'il voue à ses parents.

Alain Labonté avait 12 ans quand sa mère, en pleine dépression, a quitté la maison familiale en ambulance pour aller recevoir ses premiers électrochocs à l'hôpital.

«On habitait encore à la ferme, à l'époque, raconte d'un ton serein le relationniste et communicateur de 48 ans. Mon père pleurait et moi, je me suis enfermé dans ma chambre pour réfléchir...»

D'instinct, le garçon pressentait que son adolescence serait écourtée par la réalité de devoir notamment composer avec la maladie mentale de sa mère.

«Ce jour-là, j'ai fait une liste de cinq choses qui m'aideraient à traverser la vie: être en santé, aimer et être aimé, voyager et... écrire un livre! J'aimais mes cours de français, mais fouille-moi pourquoi j'ai noté ça à 12 ans!»

Vingt-huit ans plus tard, au décès de son père, Alain Labonté a toutefois compris. «Confronté à ma propre finalité, j'ai réalisé que c'était la seule chose que je n'avais pas encore réalisée.»

Une boîte dans sa valise

Il est donc parti en voyage avec, en tête, l'idée d'entamer la rédaction d'un livre et, dans sa valise, une vieille boîte rouge. Une boîte de carton remplie de souvenirs sous forme de phrases et de mots notés sur des bouts de papier à divers moments de son parcours.

«Arrivé à la maison que mes amis m'avaient prêtée, j'ai tout rangé, sauf ma boîte. J'en ai étalé tout le contenu sur la table à manger.»

Ces mots lui ont sauté aux yeux et au coeur: ils parlaient presque tous de son père et de sa mère. Alain Labonté venait de comprendre un autre élément essentiel: son livre parlerait d'eux, de leur présence, de ce qu'ils représentent pour lui malgré leur(s) absence(s).

Le lendemain matin, le titre de son histoire s'est imposé: Une âme et sa quincaillerie. Il pouvait dès lors commencer à écrire.

Pour celui qui a toujours travaillé les deux pieds dans le concret des relations de presse et de l'organisation d'événements, même lorsqu'il côtoie des artistes, il était clair qu'il n'emprunterait pas la voie de la fiction. «Ça me prend tout mon petit change pour comprendre la vie, je n'ai pas le temps, ni le goût de me conter des histoires!»

Il était tout aussi évident pour lui que pour raconter ses parents - et se raconter, par la bande - Alain Labonté ne sombrerait pas dans la douleur non plus. «J'ai toujours essayé de trouver le beau dans tout. Si je n'avais pas opté pour le côté lumineux, autant dans ma vie que dans mon écriture, je ne serais peut-être pas aussi à l'aise avec le résultat.»

Aux gens qui pourraient encore s'étonner de l'entendre répéter noir sur blanc qu'il a «eu la mère qu'il [lui] fallait», il explique qu'«elle continue d'avoir la tendresse et la bienveillance» dont il a besoin. Pendant que lui entretient en lui la force de la soutenir.

«On se complète dans nos vides et nos pleins», fait valoir sobrement le quarantenaire, qui a notamment contribué à faire connaître la mission des Impatients, par le biais des coffrets Mille mots d'amour et des Duos improbables, par exemple.

Le poseur de roches

Alain Labonté évoque aussi son père, sa force tranquille, le respect qu'il lui a inculqué en l'invitant à poser des roches, au lieu d'en lancer aux autres.

«Je ne peux pas prétendre changer le monde, mais j'ai la possibilité de contribuer au mieux-être de ceux qui m'entourent, de tendre une main à ceux qui n'ont peut-être pas la même chance que je considère avoir dans la vie.»

Son livre, il le voyait justement telle une main ouverte, offerte à l'inconnu. «En écrivant, je ne me suis pas demandé si je pouvais parler de tel ou tel aspect de ma vie. Je suis resté au plus près de mes émotions et de ce qui m'apparaissait important de dire.»

Ainsi, il confie sans fard son célibat, ses désirs de silence (dans les abbayes et les déserts) et de dépouillement pour préserver son équilibre personnel. «La gêne que j'éprouvais, c'est en tant qu'attaché de presse qui est toujours en train de proposer quelque chose aux gens, et plus particulièrement aux journalistes. J'avais peur de fatiguer les gens.»

S'il a douté de sa capacité à être à la hauteur en tant qu'auteur et à intéresser les gens avec son histoire, il reçoit aujourd'hui avec bonheur les témoignages touchants de ses lecteurs. Quatre ans après en avoir entamé l'écriture, son récit a franchi le cap des 2000 exemplaires vendus depuis sa parution.

«Je n'en reviens pas! clame Alain Labonté, heureux et humble à la fois. Mais je réalise surtout que je n'ai pas fini d'apprendre du processus d'écriture de ce livre-là...»

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