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Goudreault dans la tête et le coeur des petits criminels

David Goudreault... (IMACOM, JESSICA GARNEAU)

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David Goudreault

IMACOM, JESSICA GARNEAU

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La bête à sa mère. Le titre du premier roman du poète, slameur et travailleur social David Goudreault n'est certes pas innocent.

D'abord, parce que son «héros», aux pulsions parfois sauvages, finira par commettre l'irréparable, comprend-on d'entrée de jeu.

Ensuite, parce que, privé d'une mère qu'il n'aura de cesse de chercher, ballotté de familles d'accueil en centres jeunesse et marqué de plaies vives, son personnage incarne le reflet des chats, chiens et autres bêtes maltraitées qu'il a le mandat de «sauver» lorsqu'il dégote un boulot à la Société protectrice des animaux. «J'aurais mieux fait de naître bouvier bernois», se dit d'ailleurs le jeune homme, lors d'une opération de secours.

Drôle, mais pas léger

Une réflexion qu'il assène tel un crochet à la tête et au coeur, puisque «les coups de poing, c'est quand même des contacts humains», croit-il... Le ton est donné: l'humour est ici suavement noir et fait très souvent rire jaune. 

David Goudreault croyait a priori s'attaquer à une histoire moins dramatique. Au final, si sa plume prend des accents moqueurs, elle n'est pas légère pour autant.

«J'avais en tête quelque chose de plus comique, au début, mais c'est devenu une mise en garde contre le jugement, soutient-il. En tant que société, on fait des choix et il faut assumer qu'en abandonnant certains de nos concitoyens, leur sort vienne qu'à nous sauter au visage...»

«Mon propre regard a été changé par cette histoire», confie-t-il, après une courte pause.

Son roman s'inscrit donc délibérément en marge du discours sur la résilience, en laquelle il croit pourtant, tout en étant bien conscient que tous ne réussissent pas à s'en sortir.

«Je voulais provoquer une prise de conscience des parcours marginaux, de ces gens qu'on croise quotidiennement dans les journaux, par exemple, sans pour autant connaître ce que cachent les manchettes. »

«J'ai donc étiré un fait divers pour révéler, à travers un personnage, ces nombreux petits criminels dont on entend parler tous les jours, parce que j'avais envie de comprendre leur psychologie», renchérit-il.

Ne pas excuser, mais comprendre

Or, l'auteur ne cherche pas à justifier ou à pardonner les faits et gestes de son personnage, mais bien à le comprendre. Pour écrire La bête à sa mère, le poète a donc puisé dans son «vécu», lui qui a notamment oeuvré dans un Centre d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC).

«J'ai vite constaté que l'égocentrisme est un dénominateur commun, chez ces criminels mineurs. Ce n'est pas pour rien que mon personnage, haïssable mais attachant quand même, passe son temps à se justifier!»

Ce dernier se trouve justement moult excuses en citant Yvon Deschamps, Platon et Gilgamesh à tort et à travers. 

«Il se trompe avec assurance, balance ses fausses croyances à qui mieux mieux, s'obstine et, au final, se met constamment en danger. Il est si malhonnête par rapport au monde et lui-même qu'il tourne toujours tout à son avantage, sans souci de justice ou de justesse. En fait, il prend des positions pas mal intenses - dont quelques-unes sont les miennes, mais je ne dirai pas lesquelles!» soutient David Goudreault en éclatant de rire.

Effets de miroirs

Car l'auteur manipule les jeux de miroir pour confronter le lecteur à ses propres jugements en dénonçant «plus ou moins subtilement» certaines situations: les grandes solitude et détresse de certaines personnes âgées, qui finissent par s'entourer de trop d'animaux pour avoir de la compagnie; la violence envers lesdits animaux qui indigne parfois plus les gens que celle infligée aux enfants; les lacunes d'un système qui laisse tomber des enfants «en besoin, mais juste assez pour combler les nôtres»; la surabondance des écrans et de la pornographie, qui dénature l'amour.

«Mon personnage a un rapport malsain et ambivalent à la sexualité et aux femmes. Il a envie d'être aimé, tout en étant très centré sur ses besoins à lui. Toutes ses perceptions et attentes sont faussées par sa consommation de pornographie, par cette pression sociale liée à la performance et à l'image, notamment», déplore l'auteur.

S'il entend se concentrer sur sa première pièce qui sera bientôt adaptée au théâtre, David Goudreault laisse entendre qu'il n'en aurait pas terminé, avec son «héros». «Il y aura peut-être une suite, en prison... Je sens qu'il a encore des choses à dire!»

De l'écriture à la scène

Outre le théâtre, David Goudreault entend évoquer sa nouvelle paternité et sa fillette de 10 mois dans son prochain recueil de poésie. Il confie aussi avoir un autre projet de roman en chantier. C'est sans oublier le slam, grâce auquel il s'est fait connaître du public de la région en assurant notamment la première partie de Grand Corps Malade. Il viendra animer la deuxième demi-finale de SlamOutaouais, le 14 juin, au café Le Troquet. Puis, il reviendra le 27 novembre, cette fois à la Quatrième Salle du Centre national des arts, en compagnie des Mousquetaires du slam David «D-Track» Dufour, Annie St-Jean et Guy Perreault, dans le cadre des Contes nomades.

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