Le chemin des mots de Samian

Depuis qu'il a pris la plume pour s'écrire,... (Martin Roy, LeDroit)

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Depuis qu'il a pris la plume pour s'écrire, Samuel Tramblay, dit Samian, ne cherche pas tant à construire un pont entre autochtones et non-autochtones qu'à incarner ce pont sur scène. Parce qu'il est lui-même le résultat d'un métissage entre une mère algonquine et un père québécois.

Martin Roy, LeDroit

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La maison d'édition Mémoire d'encrier - qui se spécialise dans la publication de paroles autochtones d'ici (Joséphine Bacon, Natacha Kanapé Fontaine, Jean Sioui) et d'ailleurs (Marie-Célie Agnant, Abdourahman A. Waberi) - a approché Samian pour participer à l'événement littéraire Les nuits amérindiennes, qui se déroulent en Haïti jusqu'à dimanche.

«Mais je ne pouvais quand même pas me présenter là-bas avec mes trois disques!» clame le rappeur en riant.

C'est de là qu'est née l'idée de faire une sélection d'une vingtaine de ses textes de chansons, aujourd'hui regroupés dans La plume d'aigle, son premier recueil de poésie.

Depuis qu'il a pris la plume pour s'écrire, Samuel Tramblay, dit Samian, ne cherche pas tant à construire un pont entre autochtones et non-autochtones qu'à incarner ce pont sur scène. Parce qu'il est lui-même le résultat d'un métissage entre une mère algonquine et un père québécois.

«Plus jeune, je me faisais battre parce que je n'étais pas Blanc, quand je sortais de la réserve. Quand j'y retournais, je me faisais battre parce qu'on me disait Blanc... raconte le trentenaire. Au final, je suis ni l'un, ni l'autre: je suis, tout simplement. J'ai réalisé ça, en prenant la plume.»

Cette plume, il l'a aiguisée pour chanter sa vision des Premiers Peuples, du sort qu'ils ont subi.

«Je voudrais dire aux jeunes de sortir des réserves! lance-t-il dans un cri du coeur. C'est possible d'y arriver: je l'ai fait. Il faut arrêter de se ghettoïser, parce qu'on n'est pas faits pour vivre dans des enclos!»

Cela dit, l'auteur-compositeur-interprète est loin de dénigrer les valeurs «essentielles» acquises au sein de la petite communauté de Pikogan, enclavée dans la ville d'Amos en Abitibi-Témiscamingue, et qui sont aujourd'hui les siennes.

De son rap de Warrior à sa toute personnelle Lettre à Dieu, il revendique sa place, évoque les pensionnats (Blanc de mémoire), et exprime sa spiritualité et sa nature d'homme, aussi.

«Présenter mes paroles comme ça, c'est accepter de me mettre à nu. En fait, ça ressemble à ces moments où, sur scène, je chante a cappella. Les gens réagissent toujours plus fortement, parce qu'ils n'ont pas le choix d'écouter les textes pour ce qu'ils portent en eux. Sans musique, le rapport aux mots change, pour eux et pour moi.»

Samian a d'ailleurs dû les relire attentivement, tous ces mots, afin de choisir ceux qui allaient se retrouver dans La plume d'aigle.

«Je suis tellement habitué d'avoir mes textes en tête parce que je dois les performer! Là, je les ai redécouverts dans le silence. Ils en ont pris une autre signification, encore plus viscérale, engagée et intime.»

«Je n'avais jamais compris pourquoi des profs de français étudiaient mes textes avec leurs élèves, en classe. C'est parce que je n'avais jamais fait moi-même auparavant l'exercice de les regarder par et pour les mots seulement!» renchérit-il dans un grand sourire.

Son recueil sous le bras, Samian a aujourd'hui l'impression d'entrer dans la francophonie par une nouvelle porte. «La poésie rend ma parole accessible et fait voyager mes origines autrement. Qui sait, quelqu'un qui m'écoute aura peut-être envie de lire mes textes dénudés ainsi... Et vice-versa!»

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