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Ce qu'il reste de moi: la quête d'absolu de Monique Proulx

L'écrivaine Monique Proulx... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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L'écrivaine Monique Proulx

Patrick Woodbury, LeDroit

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Redouter la fin d'un roman, la rupture avec les personnages s'annonçant douloureuse, Gaby, Virginie, Markus, Thomas, Guillaume et tous les autres s'étant confortablement installés dans notre imaginaire. Rencontre avec Monique Proulx, auteure de Ce qu'il reste de moi, de ce qui trouve son chemin jusqu'au plus profond de nous.

L'entrevue se déroule sur une terrasse dans le marché By, sous un soleil tant attendu, tant espéré, presque trop chaud sur nos vêtements encore couverts de l'épaisseur de l'hiver. Quelques minutes se sont écoulées et déjà la parole se fait fleuve, éclairante, sur les moindres détails du roman.

«J'habite tout près du parc Jeanne-Mance, nommé en l'honneur de la cofondatrice de Montréal et fondatrice du premier hôpital de la ville, l'Hôtel-Dieu, raconte l'écrivaine. J'ai constaté que je la connaissais peu, tout comme les débuts de Montréal. Je me suis questionnée sur nos origines. Elle est le point de départ. J'ai tout lu sur elle, mais je l'ai tenue à l'écart pendant des années. J'ai d'abord fait naître mes personnages contemporains et le Montréal d'aujourd'hui, multiculturel, que je côtoie tous les jours.

Un prêtre catholique, un fils hassidique, un musulman, des Québécois «de souche», un Amérindien, un Inuit, des itinérants et une enseignante «privée d'enfance et d'enfant» sont autant de protagonistes dont les destins - d'un chapitre à l'autre - s'effleurent, se croisent, s'ignorent et font battre le coeur de la métropole.

Trouver les mots justes

«Mon processus de création est organique. Quand j'entrais à l'intérieur de chacun des personnages, je trouvais un territoire qui en rejoignait un autre. C'est le besoin d'amour, le désir de se relier qui les unit. L'écriture de ce roman constitue un acte de foi, j'ai dû m'ouvrir à toutes les possibilités. Et c'est ce que les lecteurs doivent faire, eux aussi, pour suivre toutes ces vies qui s'entremêlent.»

Pendant plus de six ans, Monique Proulx a consulté des «tonnes» de documents écrits, d'archives et de films, multipliant aussi les rencontres, les entrevues et les observations sur le terrain pour cerner les nombreuses identités qui peuplent son foisonnant récit.

«On ne s'autoproclame pas juif hassidique, comme l'est Markus, souligne-t-elle. J'ai mis des mois de recherche pour le faire vivre de l'intérieur, pour mettre les mots justes sur les sentiments qu'il a pu ressentir au moment de quitter sa communauté. Même si j'écris à la troisième personne, je suis dans la tête des personnages. C'est leur vision du monde que je présente.»

Dieux et dogmes

Est-ce un ouvrage sur la religion? «Pas du tout, répond catégoriquement M. Proulx. Mais j'ai voulu comprendre quel en était le message fondateur.

«J'ai lu plein d'auteurs sur les grandes religions, notamment la Britannique Karen Armstrong dont les résumés sur l'Islam, le judaïsme et le christianisme sont fascinants. Jésus et Mohammed n'étaient pas des "religieux" au départ. Ils ont reçu un message d'illumination qu'ils ont accommodé à la saveur de leur environnement.

«D'autres ont par la suite établi des dogmes, des commandements. Cessons de chercher Dieu à l'extérieur de nous, cherchons-le à l'intérieur de nous. C'est ça que j'ai voulu montrer, une quête d'absolu, libre de contraintes.»

Apparence trompeuse

Si ces personnages en appellent toujours un autre, son roman, lui, peut très certainement commander une suite, voire même une adaptation au grand écran.

«L'apparente cinématographie de mes textes est très trompeuse, s'exclame en riant celle qui a signé quelques adaptations, notamment Le sexe des étoiles. Dès qu'on les met en scène, on se rend compte que la logique est littéraire. Mais la chose est possible. En ce qui concerne un deuxième tome, je n'ai jamais fait ça. Pour la première fois, je n'ai aucune idée du prochain roman. Peut-être que celui-ci n'a pas fini de dire tout ce qu'il veut dire...

Tout au long de la rencontre, Monique Proulx aura été d'une grande générosité. Déposée sur la table, l'enregistreuse fera des siennes, rendant l'âme après 40 minutes de discussion, le soleil ayant surchauffé l'appareil. Une petite fin du monde «tragique» que l'écrivaine atténuera en reprenant les questions, presque toutes, ajoutant à notre plus grand bonheur d'autres couches de sens à ses personnages, toute la matière étant bel et bien là pour leur offrir une deuxième vie.

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