Le plaisir coupable selon Sarah Waters

L'auteure britannique Sarah Waters... (Courtoisie)

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L'auteure britannique Sarah Waters

Courtoisie

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Banlieue de Londres, au début des années vingt. Un homme est retrouvé sans vie, dans une ruelle, au lendemain d'un soir de pluie. Dans l'ombre, deux femmes tentent tant bien que mal de (sur)vivre à la passion qui les dévore.

Avec Derrière la porte, la Britannique Sarah Waters explore avec finesse la notion de plaisir coupable. Dans ses multiples nuances d'émois.

À la mort de son père, grevé de dettes, Frances n'a d'autre choix que d'accueillir un jeune couple de locataires pour couvrir les frais d'entretien de la résidence où elle vit seule avec sa mère vieillissante. En débarquant dans le quotidien des Wray - avec leur surprenante version du jeu Serpents et échelles, entre autres - Leonard et Lilian Barber vont chambouler bien des choses à Champion Hill.

Les maisons sont, dans les romans de Sarah Waters (en particulier dans son précédent, L'Indésirable), des personnages «à part entière ou presque», reconnaît l'auteure de 48 ans, un sourire dans la voix, à l'autre bout du fil.

Histoire de proximités

Celle des Wray n'échappe donc pas à cette règle, en imposant une proximité, pour ne pas dire une intimité, entre Frances, sa mère et les Barber.

«Une telle promiscuité a une inévitable incidence sur ce qui peut rester secret... ou pas. L'arrivée des Barber mettait en place un homme et, plus important encore, sa femme !»

Parce que naît entre Frances et Lilian une passion sulfureuse, dévorante.

Puis surviennent l'assassinat de Leonard et l'inéluctable enquête qui, une fois de plus, font chavirer les coeur et âme des amantes.

Si «l'idée du meurtre est arrivée en premier», Mme Waters éprouvait une tout aussi forte envie d'écrire sur les années vingt. «Il s'agit d'une période que je connaissais très peu, mais dont j'ai vite découvert tout le potentiel dramatique.»

Dans ce décor, toutes les pièces du casse-tête ont su trouver leur place autour du drame de base: la vie domestique de l'époque, le rôle des femmes dans une société endeuillée par la Grande Guerre, l'émancipation d'une génération plus «moderne», la collision des classes sociales. Autant d'éléments dont la Britannique témoigne avec minutie à travers les faits et gestes de ses personnages.

«Par ailleurs, comme je suis gaie, je trouve toujours très intéressant d'explorer l'histoire des lesbiennes, d'autant qu'elles ne sont pas encore vraiment présentes dans la littérature grand public», soutient celle à qui l'on doit aussi Du bout des doigts (2002) et Ronde de nuit (2006), tous deux finalistes du Man Booker Prize.

Triangle amoureux et dilemme moral

Cela dit, son triangle amoureux n'a pas tant changé l'intrigue qu'il a donné «un autre ton à l'histoire, étant donné qu'une aventure possède toujours un potentiel corrosif».

«Ce triangle ouvrait de nouvelles dimensions au dilemme moral auquel sont confrontées Frances et Lilian», renchérit Sarah Waters.

Car, bien que passionnément éprises l'une de l'autre, les deux femmes n'en vivent pas moins leur amour dans une atmosphère mâtinée de plaisirs clandestins et de culpabilité constante.

De peur, aussi. Notamment celle d'être surprises ensemble par la mère de Frances ou le mari de Lilian.

Primo, parce qu'une liaison lesbienne est passablement mal vue à l'époque. Deuxio, parce qu'un jeune homme issu d'un quartier mal famé est rapidement accusé d'avoir tué Leonard, pour des motifs pour le moins plausibles, alors que Frances et Lilian savent qui lui a enlevé la vie...

«Il s'avère dès lors fascinant de constater que la discrétion avec laquelle elles doivent vivre leur relation, cette discrétion qui exaspère tant Frances, les rend 'invisibles' aux yeux de la justice. Le fait qu'elles soient lesbiennes les protège, en les élevant au-dessus de tout soupçon», fait valoir la Britannique.

Or, malgré son intime conviction que «Frances n'aspire qu'à mener une existence honnête auprès de celle qu'elle aime», Sarah Waters ne met pas le couple à l'abri de révélations et de leurs troublantes répercussions pendant le procès.

«Parce qu'à mes yeux, du moins, elles sont condamnées à assumer leur amour, à le vivre jusqu'au bout.»

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