L'épopée humaine des 33

Quand il a été approché par les avocats... (Courtoisie)

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Quand il a été approché par les avocats des 33 mineurs de Copiapó pour écrire le récit de leur «épopée humaine», Héctor Tobar s'est donné pour mission de creuser par-delà le titre de héros dont ils avaient hérité sans nécessairement l'avoir désiré.

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En écrivant l'incroyable histoire des 33 mineurs chiliens sauvés après 69 jours sous terre, en 2010, le journaliste et auteur Héctor Tobar s'est senti une seule responsabilité: «rester fidèle à la vérité de chacun d'entre eux telle que je la connais». Après trois ans d'entrevues, de recherches et d'écriture, Les 33 relate donc leur Fureur de survivre, mais aussi leur long et difficile retour sur terre.

Quand il a été approché par les avocats des 33 mineurs de Copiapó pour écrire le récit de leur «épopée humaine», Héctor Tobar s'est donné pour mission de creuser par-delà le titre de héros dont ils avaient hérité sans nécessairement l'avoir désiré. Pour révéler sans fard les facettes de leur nature profonde, et pas nécessairement glorieuse. Car sept mois après être remontés à la surface, Les 33 n'avaient pas tous réussi à reprendre pied dans la réalité. Pendant que certains ont plutôt habilement tiré profit de leur soudaine notoriété ou renouaient lentement mais sûrement avec la routine du quotidien, d'autres se sont littéralement enfoncés dans l'alcool et leurs cauchemars.

«Du jour au lendemain, ces hommes étaient passés d'anonymes risquant leur vie quotidiennement pour gagner leur pain à des héros invités au palais présidentiel, accueillis en Terre Sainte ou à Walt Disney, rappelle M. Tobar. Il faut être fait fort pour composer avec tout ça, et certains ont été dépassés par tout ce qui leur arrivait. Et c'est sans oublier qu'ils portent tous le souvenir de ce qu'ils ont vécu, ensemble, sous terre...»

D'ailleurs, les 33 mineurs avaient vite notarié leur pacte de silence à leur retour sur terre, afin de ne pas voir certains d'entre eux vendre leur histoire commune et s'enrichir au détriment des autres. C'est donc ensemble, bien que séparément, qu'ils se sont livrés à Héctor Tobar.

Ce dernier est allé à leur rencontre chez eux, parmi les leurs - conjointe, enfants, parents qu'il a aussi pu interviewer. Le récipiendaire d'un prix Pulitzer (en 1992, pour son travail sur les émeutes de Los Angeles) et auteur de deux romans (Jaguar et Printemps barbare) s'est ensuite attelé à la tâche de relater d'un côté l'espoir des familles campées aux portes de la mine, le travail minutieux des sauveteurs et la politisation de leurs démarches, et, de l'autre, la faim, la soif, la chaleur, l'enfermement dans le noir, la peur de mourir, l'union qui fait la force, puis la dissension, voire la violence.

Point de bascule

Car il y a un point de bascule, dans l'histoire des 33: celui où, une fois retrouvés par les équipes de secours après 17 jours d'isolement à 700 mètres sous terre, ils ont pu reprendre contact avec la surface.

«Les 17 premiers jours ont été marqués d'une réelle pureté. Les hommes avaient établi des rituels: ils se réunissaient à l'heure de leur unique repas pour se recueillir, par exemple. Or, du moment où une caméra a pu descendre dans la mine pour leur permettre de communiquer avec l'extérieur, tout le monde a pu voir dans quelles conditions ils survivaient. La dynamique a changé entre eux.»

La solidarité qui les avait jusqu'alors unis s'est effritée dès qu'ils ont commencé à échanger des lettres avec leurs proches et prendre conscience de la médiatisation de leur histoire, de leur célébrité inhérente et des impressionnantes sommes d'argent qu'on leur promettait.

«J'ai donc raconté le meilleur de la nature humaine avant de devoir évoquer le pire...» soutient le fils d'immigrants guatémaltèques, qui a fait carrière au Los Angeles Times en rendant compte des réalités de la communauté latino-américaine.

Au final, pour Héctor Tobar, Les 33 relève d'une «allégorie de la condition humaine», du rapport à la gloire, à l'argent et à la spiritualité jusqu'aux liens essentiels qui unissent les gens.

«C'est une véritable histoire d'amour, que j'ai eu le privilège de raconter. Celle qui prouve que l'amour nous rend plus forts et capables de traverser les pires épreuves.»

Antonio Banderas dans Les 33... (Courtoisie) - image 2.0

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Antonio Banderas dans Les 33

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De 700 mètres sous terre au grand écran

Parallèlement au livre qu'il signe seul, Héctor Tobar a participé aux scénario et entrevues préparatoires du long métrage inspiré des 33 et réalisé par Patricia Riggen, dont la première mondiale aura lieu au Chili dans la première semaine d'août prochain, le 5 marquant le cinquième anniversaire de l'effondrement de la mine.

«Tous les efforts faits pour les sortir de là vivants ne sont pas sans rappeler les moyens mis en place pour ramener les astronautes d'Apollo 13 sur Terre», rappelle M. Tobar.

Le long métrage mettra notamment en vedette Antonio Banderas, dans le rôle clé de Mario «Super Mario» Sepúlveda, dont certaines déclarations sur son leadership, alors que les 33 se trouvaient encore sous terre, ont occasionné quelques tensions au sein du groupe.

«Mario est d'une réelle force de caractère, mais c'est aussi un être plein de contradictions. À l'écran, Antonio en rend merveilleusement bien les nuances. Si le film remporte le succès qu'il mérite, ce sera grâce à Antonio», fait valoir Héctor Tobar.

La distribution comprend également - et entre autres: Juliette Binoche (María Segovia, la soeur de Darrío Segovia, et reconnue comme la «mairesse» du fameux camp de l'espoir), Lou Diamond Phillips (le jefe de turno Luis Urzúa), Jacob Vargas (Edison Peña, le chanteur d'Elvis), ainsi que Marco Treviño (le «pasteur» José Henríquez).

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