Nancy Huston et les sables albertains

Nancy Huston... (Archives, Le Soleil)

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Nancy Huston

Archives, Le Soleil

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«Vous savez, je ne me sens pas une âme de militante professionnelle. Être une «sonneuse d'alerte» en permanence ne correspond à ma façon d'être dans le monde», souligne la romancière Nancy Huston qui signe l'un des essais de BRUT, la ruée vers l'or, un ouvrage sonnant l'alarme sur les effets dévastateurs de l'exploitation des sables bitumineux de l'Alberta.

Publié chez Lux Éditeur, le collectif réunissant David Dufresne, Melina Laboucan-Massimo, Naomi Klein et Rudy Wiebe met au jour la vie dans cette ville-champignon qu'est Fort McMurray. Des travailleurs migrants arrivent de partout dans le monde pour y trouver de l'emploi. Au fils des ans, la population est passée de 10 000 à 100 000 habitants, sans oublier la «population de l'ombre», soit 50 000 personnes (83 % sont des hommes) qui s'amassent dans les camps de travail près des sites d'exploitation.

Albertaine d'origine, Nancy Huston s'est rendue sur les lieux en juin 2014 dans le but de camper un deuxième roman dans sa province natale. Elle en a profité pour faire une visite guidée de quatre heures des installations pétrolières, découvrant à sa stupéfaction la laideur des paysages ravagés et la puanteur ambiante.

«Cette visite m'a marquée dans les yeux et la chair, elle a changé ma façon de voir mon pays, explique-t-elle. J'étais au courant par les journaux de ce qui ce passait en Alberta, mais quand on voit de ses propres yeux, c'est différent. J'ai été très perturbée par l'aspect humain de la situation, la transformation des individus par la mécanisation. En participant à Brut, j'ai pu en quelque sorte évacuer la colère immédiate, le langage militant. Mais je réfléchis encore beaucoup à tout ça. Je suis à Paris, mais en pensée je suis encore là-bas, en Alberta.»

Rêve américain

L'écrivaine signe également un deuxième texte sous forme de conversation avec la Canadienne Naomi Klein, militante altermondialiste qui vient tout juste de faire paraître Tout peut changer: capitalisme et changement climatique. Nancy Huston souligne le caractère «impermanent» de la vie à Fort McMurray, «une version exagérée et condensée du rêve américain», comment la plupart des employés (98 % ne pensent pas y prendre leur retraite) quittent les lieux une fois l'objectif financier atteint, conscients qu'ils ne vivront jamais les conséquences de leur travail.

«La littérature sert à a quelque chose dans la mesure où elle change les coeurs, affirme la romancière. Mais elle ne peut rien devant les puissances économiques qui gèrent la destruction en Alberta. Pour amener à de véritables prises de conscience, il faut des démarches, des discours et des actions politiques.»

Nancy Huston met aussi en lumière l'exploitation des femmes dans une population où les hommes sont en surnombr: les services d'escorte, les bars de danseuses et la prostitution connaissant une recrudescence. Touchée par la situation, elle a vendu ses archives à Ottawa pour créer la Fondation Awinita, laquelle facilite le retour aux études des femmes autochtones victimes d'exploitation sexuelle.

«Quand on y pense, cet argent vient du gouvernement Harper, fait-elle valoir. J'ai pu détourner ses fonds et les rendre à ma province - d'où ils viennent en grande partie -, pour aider les femmes les plus fragiles, les plus pauvres, les plus démunies, qui payent le prix de notre enrichissement pétrolier.

Les fidèles lecteurs de Nancy Huston seront ravis d'apprendre qu'elle sera de passage dans la région, mardi, dans le cadre du Ottawa International Writers Festival.

Pour y aller

QUAND? Le 20 avril, à 18h30

OÙ? Salle Panorama du CNA

RENSEIGNEMENTS: www.writersfestival.org

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