Sur la dune de l'enlisement

Comme le désert manque à sa Shéhérazade, l'arabe... (Courtoisie)

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Comme le désert manque à sa Shéhérazade, l'arabe et son imaginaire manquent à Katia Belkhodja. Et c'est en quête de cette part d'elle-même que l'Algérienne d'origine et Québécoise d'adoption a écrit La marchande de sable (XYZ).

Courtoisie

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Comme le désert manque à sa Shéhérazade, l'arabe et son imaginaire manquent à Katia Belkhodja. Et c'est en quête de cette part d'elle-même que l'Algérienne d'origine et Québécoise d'adoption a écrit La marchande de sable (XYZ).

«J'avais besoin d'exorciser mon rapport à la langue arabe, à la fois langue de colombe et de grottes, faite de roucoulements et de notes gutturales, que je n'ai cependant jamais vraiment réussi à parler. Je le regrette aujourd'hui, car j'aimerais la transmettre à mon fils de 15 mois, mais petite, je l'ai rejetée, cette langue, alors qu'on voulait me forcer à l'apprendre pendant les années noires de la guerre civile en Algérie...» raconte Katia Belkhodja.

À neuf ans, la quasi-trentenaire, née d'une mère kabyle et d'un père parlant aussi bien le français que l'arabe, quitte le pays de ses ancêtres avec les siens pour s'installer au Québec. À l'instar de Shéhérazade, issue du désert et toujours à la recherche de chaleur dans la ville froide où elle habite.

Dans La marchande de sable, l'origine (ou son mirage) peut toutefois détruire, surtout quand elle devient chaînes qui entravent le mouvement.

«La migration peut, au contraire, calmer l'angoisse identitaire, représenter un baume et s'avérer bénéfique, fait valoir l'auteure. Ce n'est pas en restant là où elle est que Shéhérazade pourra trouver le désert qui lui manque tant. Elle veut écouter le vent, et cet homme bleu nomade qui, telle une possible figure à la fois paternelle et étrangère, fait partie de son passé, de son identité. Or, si on n'y fait pas attention, l'enracinement peut mener à l'enlisement, à la stagnation, voire à la négation totale de l'Autre.»

Ainsi, le boulanger incarne la peur irraisonnée de cette petite fille par qui l'arabe arrive. Il la perçoit comme une menace. «Ce n'est pas un homme haïssable, mais plutôt pétri de craintes. Au point de refuser toute marque, toute trace d'elle», explique l'écrivaine.

En fait, il a si peur d'être contaminé qu'il ira jusqu'à se trancher la langue pour ne pas avoir à parler l'arabe. «Il est tétanisé par Shéhérazade et, du coup, il cause lui-même la réalisation de sa prophétie : elle deviendra celle dont on fera un instrument de vengeance et qui finira par ensevelir la ville...»

Par-delà le premier degré

En cette période où «on remet souvent en cause mon identité» malgré son visage qu'elle qualifie de passe-partout, Katia Belkhodja (La Peau des doigts, 2008) ne cache pas craindre une lecture au premier degré de son deuxième roman.

Shéhérazade a soif d'appartenir, d'apprendre. Elle veut interagir, dialoguer et partager, notamment avec le fils du boulanger. «Ce dernier la dépeint pourtant comme l'enfant arabe qui causera leur perte à tous et ce, même si elle est l'antithèse du repli sur soi !» insiste la romancière.

Si elle ne peut prévoir comment les gens recevront son roman dans le contexte actuel, elle fait néanmoins confiance à «l'intelligence des lecteurs».

«Stigmatiser les uns et les autres est vraiment terrible, déplore-t-elle. Ça nourrit la haine et encourage le repli identitaire de tous les côtés et ça, il n'y a rien de pire.»

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