Rémi l'Orphelin part au front

Le DroitYves Bergeras 3/5

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L'auteur Jean-Baptiste Renaud clôt dans le fracas des obus son diptyque Les Orphelins, entamé l'an dernier avec Rémi et Luc-John, couronné du Prix littéraire LeDroit dans la catégorie jeunesse.

Après avoir scruté l'enfance de Rémi et son amitié avec le jeune Amérindien Luc-John, l'écrivain d'Ottawa-Gatineau envoie son protagoniste sur le front militaire européen, bien qu'il n'ait pas encore atteint la majorité. Un simple détail pour l'astucieux gamin, qui, n'ayant rien à perdre, avait pris soin de falsifier son baptistère avant de venir mentir au visage du sergent recruteur qui le reçoit.

En réalité, le jeune homme ne verra de cette Seconde Guerre mondiale que les dernières semaines. Une bonne moitié du bouquin est d'ailleurs consacrée à sa préparation militaire, à Montréal et à Valcartier, puis en Angleterre.

Le jeune soldat prendra ensuite part aux combats en Hollande, où il découvrira au passage la réalité des camps de concentration, sera témoin de la débâcle allemande, et fera la connaissance du major Morris... qui s'intéresse d'un peu trop près au bijou que Rémi porte au cou.

Un parcours qui permet à l'auteur de délaisser les étendues sauvages de la forêt abitibienne et les pensionnats autochtones pour mieux plonger son héros dans la société des hommes - et, de façon plus secondaire, à la conquête de quelques femmes qui lui ouvriront leurs bras.

Bien documenté sur la période, Jean-Baptiste Renaud continue de rendre compte de la réalité historique, dépeignant soigneusement une armée canadienne alors largement «unionjackisée», tout en prenant garde de ne pas assommer ses jeunes lecteurs (la tranche d'âge des 14-18 ans ciblée par son éditeur) par des descriptions inutilement fastidieuses.

Si la structure du récit pêche un peu par sa linéarité, réservant peu de surprises, Renaud excelle en revanche dans le choix de ses anecdotes, parfois surprenantes, mais toujours édifiantes - et révélatrices du contexte socio-culturel que l'auteur dépeint en filigrane, en évoquant les tensions et les humiliations linguistiques. Lorsque Rémi s'aventure par exemple sur la pelouse privée du club Royal de boulingrin, c'est pour mieux se heurter à l'écriteau «Interdit aux juifs et aux chiens» installé là par les élites anglophones de Montréal.

Rémi à la guerre se lit comme un carnet de voyage, mais la succession de souvenirs déferle au détriment de la dimension dramatique.

Les personnages manquent cruellement de chair. Tout va très vite, et on n'a guère le temps d'être ému, alors que le premier tome réussissait à rendre tangible les drames humains. Les amitiés sont survolées. Même la personnalité de Rémi semble s'estomper au profit de ce qu'il observe. Dommage!

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Jean-Baptiste Renaud. Les orphelins tome 2: Rémi à la guerre.

Les éditions David. 130 pages.

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