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Annie Perreault, à l'affût du vide et des possibles

L'auteure Annie Perreault... (Edouard Plante-Frechette, La Presse)

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L'auteure Annie Perreault

Edouard Plante-Frechette, La Presse

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Annie Perreault est une marcheuse devenue marathonienne par plaisir du défi. Elle est aussi une femme ayant toujours été attirée par les terrains vagues, «ces vides qu'on remarque, quand on court en ville», mentionne-t-elle.

Ces deux facettes ont nourri l'auteure en elle: la première en lui permettant d'adapter son tempo à la personnalité de chacun de ses nombreux personnages; la seconde en filant délicatement la métaphore de ces lieux «à l'abandon, mais porteurs d'une promesse de quelque chose de neuf».

À la ligne d'arrivée, son premier recueil de nouvelles, L'occupation des jours (Druide), aborde le manque, l'ennui, l'absence et le deuil du père, mais aussi les rêveries du promeneur (souvent solitaire), l'horizon soudainement dégagé, retourné à l'état sauvage, entre deux maisons ou immeubles.

Son livre s'inscrit dans cette heure bleue, entre chien et loup, «où on fait le bilan de la journée qui se termine, en sachant, voire en espérant, parfois, que demain sera un autre jour».

«Tous mes personnages sont rendus à ce point, dans leur vie, raconte Annie Perreault. Ils font face à un terrain vague, à une existence usée mais encore pleine de potentiel. J'ai voulu observer en eux, par eux, ce moment entre ce qui a été et ce qui pourrait être pour eux.»

Elle a donc laissé courir sa plume, entre passé et futur, conditionnel et présent, ici et là-bas, un dépotoir et une galerie d'art. Entre les flottements dans les souvenirs, les trous dans les aveux, les détours imprévus dans les trajectoires ou encore les voies d'évitement dans les relations.

Elle évoque les événements du 11 septembre 2001 pour mettre en scène la bouleversante solitude de cette dame de 94 ans qui se fait livrer pain et lait pour «de la compagnie dans un cadre de porte».

Elle délimite le territoire occupé entre une femme et un homme, qui finira par la plaquer: «Je me tenais dans le périmètre que tu me donnais, comme si c'était un cadeau: la largeur de ton canapé, le carré blanc de ton lit qui craquait, l'encadrement de ta porte que tu m'ouvrais, que tu n'as plus voulu m'ouvrir.»

«On vit ensemble, à proximité les uns des autres, tout en interagissant bien peu, fait valoir Mme Perreault. Mes personnages ont très peu d'amis ou d'interlocuteurs. Ils sont rarement en contact direct ou en dialogue. Ça accentue le manque, si flagrant dans notre difficulté à être ensemble, dans cette validation que certains cherchent désespérément par les "J'aime" accumulés sur leur page Facebook. Il y a là quelque chose qui m'interpelle.»

Annie Perreault s'est donc baladé en accordant sa foulée à celle d'une femme de ménage - qui habite l'absence, puisqu'elle nettoie des maisons louées par des visiteurs de passage - ou encore d'un couple qui se perd de vue encore plus littérairement que littéralement dans les rues d'Amsterdam, par exemple.

Quelques rares personnages (Anna et Hans, Baba, Pablo) portent un prénom. Les couples qu'elle met en scène demeurent pour la plupart délibérément anonymes, pour cultiver le doute: serait-ce le même qui, d'une nouvelle à l'autre, s'écrie et s'écrit au «je» et «tu» ou «il» et «elle»?

«La promenade peut être déroutante, convient l'auteure, d'un ton mutin. Mais elle devient un espace-temps propice pour croiser des gens et se laisser porter par les possibilités qu'ils représentent.»

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