Le pouvoir d'inventer des réponses

Maxime Landry.... (Archives, La Presse)

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Maxime Landry.

Archives, La Presse

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«Dix ans plus tard, j'ai pu m'inventer des réponses aux questions que j'ai longtemps ressassées à la suite du suicide de mon père. Je n'aurais pas pu m'offrir plus belle thérapie!» clame Maxime Landry, les regard et ton sereins en cette dernière journée du Salon du livre de l'Outaouais où l'auteur, compositeur et interprète était venu présenter au public son tout premier roman.

Le Journal d'un disparu, c'est celui de Bertrand, un père dévoué mais au bout du rouleau. Dans la foulée du fatidique 28 août 2003, l'homme ne peut que constater l'impact de son suicide sur les siens, bien qu'il voudrait malgré tout rassurer sa femme et ses enfants (dont un certain François, un adolescent... chanteur et guitariste), voire continuer à faire partie de leur quotidien par-delà la portée de son geste. À défaut de pouvoir faire entendre tout ce qu'il écrit à ceux qu'il aime de là où il est (y compris ses regrets d'avoir succombé à la dépression), Bertrand s'écrit tout au long de l'année suivant sa disparition.

«Avec le recul et la maturité, j'ai compris que si mon père travaillait autant, c'était pour nous, raconte Maxime Landry. J'ai donc voulu me glisser dans la peau de mon père pour tenter de répondre aux questions de celui que j'étais à 16 ans.»

Replonger dans le noir

À la base, Le Journal d'un disparu devait être une chanson. L'auteur de 27 ans s'est cependant vite rendu compte qu'il avait «trop de choses à dire sur le sujet» pour s'arrêter. Et ce, même s'il a dû accepter de retourner dans certaines zones d'ombre pour mener à terme son projet, entre autres par le biais d'une lettre que François adresse à son père comme un bouleversant cri du coeur. Car cette lettre, il ne l'a pas ressortie d'un tiroir.

«Pour la signer, j'ai été forcé de replonger dans la noirceur de mes 16 ans, alors que j'étais perdu et sans repères... C'est sûrement le bout du roman que j'ai eu le plus de difficulté à écrire, tout en étant celui qui m'a peut-être fait le plus de bien à 'sortir', confie Maxime Landry. Ne serait-ce que pour ça, ce livre représente une belle étape dans ma vie personnelle, pas juste dans mon parcours professionnel.»

L'exercice lui a permis de faire la paix avec une partie de son passé. Il n'avait pas nécessairement prévu en publier le résultat.

S'il a délibérément choisi de revivre cette année-là pour arriver à tourner une page, il ne voulait surtout pas imposer sa décision à sa mère, ses frères et sa soeur. D'autant moins que Maxime Landry est très conscient que ses proches n'ont pas choisi d'exercer un métier comme le sien, qui le place dans l'oeil du public.

«Depuis qu'ils ont lu le manuscrit, nous avons toutefois pu partager des choses que nous nous étions jamais dites encore...»

Une main tendue

Sa visibilité, l'ex-académicien entend justement la mettre à profit pour aider ceux et celles qui doivent composer avec le suicide.

«Quand j'ai chanté Cache-cache, certaines personnes ont méchamment laissé entendre que je profitais de la mort de mon père pour mousser mes ventes de disques. Ça m'a blessé parce que l'histoire de mon père était sortie malgré moi, j'étais même fâché qu'on en ait parlé pendant Star Académie.»

Un an et demi plus tard, un homme est venu le voir pour lui avouer qu'après avoir entendu sa chanson à la radio, il avait décidé de vivre au lieu de mettre fin à ses jours comme il envisageait de le faire. «C'était un père de famille... se souvient Maxime Landry. Ce soir-là, j'ai compris que plus jamais je n'allais refermer la porte, que j'allais continuer à parler de ce sujet ne serait-ce que pour donner le goût de vivre à ceux qui restent.»

Quant au Journal d'un disparu, il lui a donné l'envie de mordre de nouveau dans l'écriture. «J'ai découvert une nouvelle passion. Mais peu importe la suite, ce livre-là demeurera toujours dans une catégorie à part, pour moi.»

Vlessard@ledroit.com

« Je n'en peux plus...

Est-ce que ça fait mal, mourir ?

Une chose est sûre, c'est que ça fait vachement mal à ceux qui restent.

Comment vais-je faire pour te retrouver là-haut ? Est-ce qu'on y est classé par département, par nom de famille ?

Je te dis à bientôt, papa. À très bientôt

Ton fils, qui t'aime »

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