Soumission: culotté Houellebecq

Le DroitMaud Cucchi 3/5

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Professeur blasé et désabusé, François traîne son désespoir de cocktails mondains en sites de rencontres X, dans un Paris où les mini-jupes risquent bien de disparaître du jour au lendemain. En effet, le candidat de la Fraternité musulmane, troisième parti d'une France hypothétique, a de fortes chances de gagner les élections présidentielles en cette année 2022.

Dans l'entre-deux tours, les voitures flambent sans qu'on y prête attention, les familles juives plient bagages tandis que le quartier chinois où habite François continue à vivre comme si de rien n'était. À l'université Sorbonne Nouvelle sise à deux pas de la Grande Mosquée, les cours ont été suspendus jusqu'à nouvel ordre. François se demande bien désormais où draguer les filles et traîner son mal-être, prend quelques conseils auprès de collègues bien informés: mieux vaut quitter Paris en attendant que la situation se décante.

D'aucuns ont crié au scandale. Avec Soumission, Michel Houellebecq y est allé sans ménagement côté idées, positions esthétiques et politiques. Si fort même que certains amateurs de ses livres inclassables ne l'ont pas reconnu. Le «rebelle branché» devenu prophète apocalyptique de la fin de l'Occident chrétien souffre désormais d'une maladie compliquée: le catastrophisme. Il voit les vieilles démocraties européennes en déclin, victimes des immigrants musulmans... et sauvées par eux: «L'arrivée massive de populations immigrées empreintes d'une culture traditionnelle encore marquée par les hiérarchies naturelles, la soumission de la femme et le respect dû aux anciens constituait une chance historique pour le réarmement moral et familial de l'Europe, ouvrait la perspective d'un nouvel âge d'or pour le vieux continent», ose-t-il écrire.

Évidemment, on peut s'indigner. On peut aussi être séduit par ses embardées sur le dégoût d'une société en décadence. On peut sourire devant cet antimodernisme énervé de plus en plus présent dans son oeuvre, qui est presque devenue une pose, une fanfaronnade opposée aux «progressistes» avachis qui, selon lui, auraient participé à la dissolution des moeurs. Michel Houellebecq brocarde son époque autant qu'il s'en fait le parangon détestable à travers le personnage de François - un nom tout choisi, évidemment.

Son ironie est à fleurets mouchetés et retombe très bien sur ses pattes (ou sa bite, c'est selon): l'écrivain fantasme sans gêne une France où l'université aurait de l'argent - et les moyens de ses ambitions - et où le dernier des imbéciles pourrait jouir de trois épouses. Culotté!

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Michel Houellebecq, Soumission

Flammarion, 299 pages

*** 1/2

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