Un rendez-vous pour faire lire aux éclats

Veronique-Marie Kaye... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Veronique-Marie Kaye

Patrick Woodbury, LeDroit

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Président et invités d'honneur du SLO écrivent de tout... presque partout. Et cultivent le plaisir de lire. Par ailleurs, trois auteurs de la région profiteront de l'annuelle fête du livre pour proposer leur nouveauté.

« Enfant, je prenais l'autobus pour me rendre à... (Patrick Woodbury, LeDroit) - image 1.0

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« Enfant, je prenais l'autobus pour me rendre à la bibliothèque... Combien de fois j'ai loupé mon arrêt parce que j'étais plongé dans un roman de Jules Verne ou un Bob Morane! » - Guy Corneau, président d'honneur

Patrick Woodbury, LeDroit

«Pour moi, lire de tout partout, ce n'est... (Patrick Woodbury, LeDroit) - image 1.1

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«Pour moi, lire de tout partout, ce n'est ni être affamé, ni assoiffé, mais certainement être en santé.» Philippe Béha, invité d'honneur jeunesse

Patrick Woodbury, LeDroit

MARCHER JUSQU'À SOI, DANS LES BOTTES DE MARJORIE

Des bottes de femmes, marchant dans la neige. C'est par cette image qu'est née Marjorie Chalifoux dans l'imaginaire «hyperactif» de Véronique-Marie Kaye. L'auteure a fait ni une ni deux: elle a suivi les traces de ces bottes, qui l'ont menée jusqu'à sa nouvelle héroïne et la basse-ville ottavienne.

«J'aurais pu établir l'action dans Vanier», raconte en souriant Mme Kaye, attablée dans un diner du quartier et les mains collées à sa tasse de café pour se réchauffer.

«Mais j'ai opté pour la basse-ville en souvenir de mon ancien collègue de radio Pierre McNicoll (comédien vu dans Lance et compte et FranCoeur, entre autres), qui était si fier d'y avoir grandi que ça m'est paru comme le décor propice à mon histoire!» renchérit celle qui a notamment partagé avec lui le micro de la station Couleur FM.

Le père Chalifoux a 19 ans lorsque sa jeune amoureuse meurt en couche, lui laissant la responsabilité d'élever seul leur fille. Dix-neuf ans plus tard (nous sommes alors au début des années 1950), la-petite-Marjorie-devenue-grande tombe à son tour enceinte. D'un amant qui se tuera en voiture, la laissant aux prises avec une réputation à préserver et un père potentiel à trouver pour son enfant à naître. Entre Aldonis le francophone et Howard l'anglophone, son coeur (et son corps peut-être plus encore) balance.

«Elle est déjà éveillée aux sens, Marjorie, ça fait partie d'elle. Elle vit sa sexualité de manière assumée. Mais au-delà de cette facette de sa personnalité un brin anachronique, son parcours, c'est le parcours franco-ontarien, selon moi.»

Car comme Eulalie, dans Eulalie la cigogne, Marjorie marche à cheval sur deux langues, deux cultures, deux mondes. Sort de son quartier pour explorer le côté anglais où, curieusement, elle semble se sentir plus à l'aise pour exprimer haut et fort qui elle est. Cherche à réconcilier, à sa manière particulière, ces deux univers différents qui cohabitent. À l'instar de ce qu'elle a connu au sein de sa propre famille, dans la capitale fédérale «qui n'est pas encore bilingue...» déplore-t-elle dans un long soupir éloquent.

«Ce rapport entre anglophones et francophones est le moteur de ma réflexion identitaire et se retrouve au coeur de ma démarche d'écriture, explique Véronique-Marie Kaye, elle-même fille d'une mère francophone et d'un père anglophone. Du moment que tu es francophone à Ottawa, tu te poses des questions sur ton identité. Pour moi, ça va jusqu'au choix des prénoms de mes personnages.»

«Ce n'est pas évident d'être minoritaire. Parfois, je me demande si les anglophones réfléchissent à cette cohabitation, et ce que des auteurs de l'autre langue pourraient en dire, s'ils s'y intéressaient...», fait valoir la Franco-Ontarienne.

Jean Dumont... (Patrick Woodbury, LeDroit) - image 2.0

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Jean Dumont

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« Lire de tout, c'est pouvoir disparaître dans le... (Archives, LeDroit) - image 2.1

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« Lire de tout, c'est pouvoir disparaître dans le décor et bourlinguer dans l'imaginaire. » - Loïse Lavallée, représentante de l'Outaouais

Archives, LeDroit

DIS-MOI CE QUE TU LIS, JE COMPRENDRAI QUI JE SUIS

Atteint d'un cancer virulent, Hugues demande à son cercle d'amis intimes de lui laisser vivre ses traitements seul avec sa compagne, mais de lui faire parvenir un livre qu'ils ont particulièrement aimé afin de rester en contact avec eux par le biais de ces Lectures terminales. Ils doivent lui envoyer ledit bouquin sans aucun indice qui pourrait lui permettre de les identifier.

«L'idée m'est venue de développer des personnages à partir de livres qu'ils auraient lus. Des livres qui les révéleraient à Hugues, et qui créeraient de nouveaux liens entre chacun d'eux et lui», raconte Jean Dumont, bien connu pour sa chronique sur la langue française aux Divines Tentations, les samedis matins, à la radio de Radio-Canada.

De l'anglophone exubérante Meaghan au plus réservé Lucien, de Laure l'ancienne flamme (peut-être encore allumée?) à Jean-Martin à l'âme de l'éternel gamin joueur de tours, tous se prêteront à l'exercice. Hugues recevra donc des exemplaires du Petit Prince de Saint-Exupéry, de La Route de Cormac McCarthy, des Contemplations poétiques de Victor Hugo, voire un dictonnaire et un... bottin téléphonique.

«Je déteste parler au téléphone, parce qu'il me manque des sens pour communiquer avec l'autre à ce moment-là. Je me suis dit que ça serait intéressant de contraindre Hugues à relever le défi que lui propose Jean-Martin, soit de partager son diagnostic de cancer avec une personne inconnue qui accepterait d'écouter son histoire sans lui raccrocher la ligne au nez!»

Pour loufoque que cette proposition puisse paraître a priori, elle n'en deviendra pas moins passablement dramatique.

Si son héros n'est pas surpris par certains choix de ses proches, il sera toutefois fortement secoué par le tapuscrit de Valérie (qui lui fera voir une facette totalement imprévue de cette dernière) et le guide d'auto-guérison que l'inénarrable Pierre-Paul, dit Pépé, lui soumettront.

Certains de ces livres (Jean Dumont les a évidemment tous lus lui aussi et «tant mieux si ça donne envie aux gens de les lire aussi») ont influencé la nature même des personnages qu'il met en scène. «Ils deviennent pour Hugues une façon de redécouvrir ses amis... et lui-même. Chaque lecture l'oblige à penser à l'autre, et de penser l'autre autrement.»

L'ancien enseignant n'a jamais voulu écrire pendant ses années passées à transmettre sa passion pour la langue française et la littérature au cégep. Cela n'a pas empêché Hugues et le titre de son roman de lui apparaître quelques années avant sa retraite. Un canevas pris précieusement en note, auquel il a pu revenir ensuite à tête reposée.

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Michel-Rémi Lafond

Patrick Woodbury, LeDroit

« Je lis même au volant, quand je... (Patrick Woodbury, LeDroit) - image 3.1

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« Je lis même au volant, quand je suis pogné dans les bouchons parce que tabarouette le temps presse. » - Eric Charlebois, représentant de l'Ontario français

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PARCE QUE LA VIE PEUT ÊTRE BELLE... OU PARFOIS BÊTE

Michel-Rémi Lafond portait l'idée de son recueil de nouvelles Beaux et bêtes depuis 20 ans. Dès le premier texte, intitulé La panthère (publié dans sa première version en 1994 dans La crise! Quelle crise?), il savait qu'il voulait jouer avec le sens du mot «bête»... dans tous les sens du terme. Ici, le narrateur est bête comme ses pieds (Le bouc). Là, l'homme devient la proie de ses désirs refoulés (Le renard).

«L'exercice est prétexte à explorer les rapports humains dans toutes leurs complexités. Nous vivons à cheval entre deux pôles: le biologique et le culturel. Nous sommes parfois plus animal, parfois plus social, d'où l'intérêt d'inscrire mes personnages dans notre région où l'urbain et la nature se côtoient, se frôlent, miroirs de ce que nous sommes.»

Ce faisant, l'auteur gatinois aborde le rapport au corps et à la sexualité. Ainsi, pendant que L'oursin creuse l'effet miroir entre un obèse et une anorexique, La mante religieuse s'imprègne de relents sensuels aux effluves de vengeance.

«Je voulais mettre en scène un large spectre d'humains, tant par l'âge et le sexe que par la nature de leur personnalité et les situations dans lesquelles ils sont plongés.»

Confrontant un jeune adulte et son ancien professeur au cégep, Le porc-épic traite de façon poignante de détresse psychologique et d'automutilation. Alliant un homme au piètre talent de séducteur et une femme qui ne sait comment se soustraire à ses attentions, La teigne propose une chute d'un tragi-comique à décrocher un inévitable sourire. «J'ai eu beaucoup de plaisir à écrire ce texte-là», reconnaît le principal intéressé.

Ce dernier tenait à ancrer ses nouvelles dans la région. Ses personnages se promènent donc à pied ou à vélo sur les pistes cyclables autour du lac Leamy. Certains habitent rue Dumas. Le pont Macdonald-Cartier devient le théâtre d'où résonne le cri d'un père écartelé entre les deux (dé) rives de son identité (Entre chien et loup). Et le Salon du livre de l'Outaouais devient celui des retrouvailles entre une lectrice et son ancien amant (La marmotte).

Michel-Rémi Lafond a écrit chacune des 15 nouvelles de son recueil à l'extérieur de la région.

«Le recul permet d'exercer son imaginaire. Il devient une façon de faire état du milieu dans lequel on vit et d'universaliser cet espace qu'on habite autant qu'il nous habite. Il donne ainsi la possibilité aux lecteurs d'ici de s'identifier et à ceux venant d'ailleurs de découvrir des lieux auxquels ils peuvent malgré tout se reconnaître et qui n'ont rien à envier à Montréal, Québec ou New York.» 

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