Journalisme et BD: et au Québec?

Le bédéiste québécois Julien Paré Sorel, qu'on voit... (Courtoisie, Julien Paré-Sorel)

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Le bédéiste québécois Julien Paré Sorel, qu'on voit ici en 2010 en Haïti, prépare un album de BD reportage sur l'après-séïsme.

Courtoisie, Julien Paré-Sorel

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Guy Delisle, aujourd'hui expatrié en France, a tiré de ses voyages autour du globe quatre récits autobiographiques assez fouillés pour s'apparenter à la BD documentaire,

On lui doit Shenzen, sur la Chine; Pyongyang en Corée du Nord; puis les Chroniques Birmanes et celles de Jérusalem; ce dernier lui vaudra d'ailleurs le Fauve d'or (prix du meilleur album) lors du festival d'Angoulême en 2012. 

Mais il fait figure d'exception: les bédéistes de la Belle Province n'ont jamais vraiment exploré le reportage en dessins.

Les auteurs des romans graphiques les plus réalistes, ou sérieux, ont jusqu'à présent préféré se cantonner au récit historique ou à l'autobiographie, analyse l'historien de la bande dessinée Michel Viau. Un avis relayé par le directeur de l'École multidisciplinaire de l'image (ÉMI), à Gatineau, Sylvain Lemay.

Seules les manifestations du «Printemps érable», en 2012, ont inspiré quelques oeuvres s'approchant du reportage, mentionnent les deux spécialistes, qui citent Je me souviendrai (La Boîte à bulle), concocté par un collectif (dont Jimmy Beaulieu), ainsi que La Guerre des rues et des maisons de Sophie Yanow (La Mauvaise tête). 

«Mais comme Yanow se met en scène, ça n'est plus objectif, c'est une réflexion énoncée par une personne, qui ne cherche pas nécessairement à représenter toutes les facettes d'un problème», rappelle M. Lemay. «Les frontières entres autofiction, autobiographie et reportage sont poreuses», dit-il en évoquant le risque - pas forcément déplaisant - de tomber dans le journalisme gonzo.

En tirant un peu sur l'élastique, on inclura dans cette liste Cher Charles de Nico Las (éditions Sabotart, qui affichent une position éditoriale «libertaire»), un plaidoyer contestataire ayant pour toile de fond le sommet du G20 de 2010, à Toronto. Ajoutons Kissinger et nous (Glénat Québec), «récit d'une expérience vécue» dans lequel Ami Vaillancourt et Bruno Rouyère creusent les souvenirs de quatre femmes qui ont connu le Chili des années Pinochet.

Carnets de route à venir

Suivant les traces de leur Jérôme Mercier, qui avait publié l'amusant Voyage 100 histoires (Premières Lignes) relatant un séjour en Europe, deux autres anciens étudiants du programme de BD de l'ÉMI travaillent actuellement sur des projets de carnets de voyage. 

Jean-Sébastien Bérubé, à qui l'on doit déjà trois volumes biographiques sur Radisson (Glénat Québec), poste chaque semaine sur son blogue sept à huit nouvelles planches de son prochain récit. Ce futur pavé de «280 pages environs» racontera son périple de jeunesse au Népal et au Tibet quand, à 26 ans, il a voulu devenir moine bouddhiste. L'oeuvre a des velléités documentaires. «Je parle par la bande de l'occupation chinoise et je partage le témoignage de gens rencontrés là-bas. [...] Rien n'est inventé, même si certains souvenirs sont plus flous, mais ça reste avant tout une autobiographie» relatant ses «désillusions».

Quant à Julien Paré-Sorel, il espère pouvoir se lancer bientôt à temps plein dans une BD reportage sur la période qu'il a passé en Haïti en 2010, dans la foulée du séïsme.

Des premiers pas

Le magazine québécois Nouveau Projet, qui traite de toutes sortes de sujets socioculturels, tant sous l'angle documentaire que celui de la fiction, a quant à lui été tenté par l'expérience. Son plus récent numéro (automne-hiver 2014), recèle par exemple une enquête présentée sous forme de BD, signée par Rémy Bourdillon et Pierre-Yves Cezard, qui ont suivi pendant six mois des organismes montréalais dans leurs efforts pour reconvertir un bâtiment industriel. 

Nouveau Projet est d'ailleurs à la recherche de propositions pour ses prochains bédéreportages. La rédaction se propose de marier les dessinateurs et les journalistes «orphelins».

La revue Planches «ouverte» au BD-reportage

Le second numéro de la revue Planches arrive sur les tablettes le 3 février.

Ce tout jeune périodique qui entend promouvoir la BD québécoise n'a jamais publié de BD-reportage, mais sa responsable et cofondatrice, Sandra Vilder, se dit «très ouverte» à accueillir en ses pages des projets à vocation journalistique, puisque son magazine s'est donné «le défi de rappeler au public québécois que la BD peut être adulte, et qu'elle se décline sous toutes sortes de formes graphiques et narratives».

Une partie du contenu de Planches vient de commandes précises, mais les auteurs sont aussi invités à soumettre des projets. 

Publier des reportages compliquerait toutefois la tâche du comité de sélection. «On ne pourrait pas publier n'importe quoi. [Il faudrait notamment] s'assurer que les sources sont fiables », note Mme Vilder, bien consciente qu'une démarche artistique, aussi bien intentionnée soit-elle, ne respecte pas nécessairement les règles ou la déontologie journalistique.

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