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Journalisme et BD: un trait de crayon qui en dit long

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Le journalisme en bande dessinée a fait du chemin depuis Hergé. Le célèbre «reporter du Petit Vingtième», Tintin, a fait jusque dans les années 1970 de nombreuses émules - de Clark Kent à Peter Parker et de Ric Hochet à Guy Lefranc, en passant par Jeannette Pointu, sans oublier Fantasio, vieux complice de Spirou (dont le magazine éponyme vient de publier un numéro hors-série en hommage à Charlie Hebdo; la revue doit parvenir cette semaine du Québec).

«Le journaliste en BD est une espèce en voie de disparition», soutenait déjà en 2007 Philippe Sohet, auteur d'analyses sur le Neuvième Art, dans des propos rapportés sur un blogue de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.

Mais si ces personnages de journalistes disparaissent, c'est au profit de formes narratives journalistiques plus sérieuses, comme la BD reportage, qui prend du galon à mesure que ses auteurs - l'Américain Joe Sacco et le Suisse Chappatte en tête - raflent des prix. De moins en moins frileuses, les maisons d'édition testent différentes formules, prouvant qu'un marché existe pour l'information mise en scène sous forme graphique.

Au Québec, on pense instantanément à Guy Delisle, auteur des quatre récits autobiographiques aux accents largement documentaires, publiés lors de ses longs séjours à l'étranger. Delisle, toutefois, se défend bien d'avoir voulu faire du journalisme.

L'auteur français Pierre Christin - lui-même journaliste et enseignant - a, dans une veine réaliste, été un des premiers à jouer aux frontières du journalisme et de la fiction, rappelle le responsable du programme universitaire en BD à Gatineau, Sylvain Lemay.

Dans certains récits, «Christin s'appuyait sur l'actualité récente - comme par exemple la guerre d'Espagne, dans le cas des Phalanges de l'ordre noir, mais y mêlait beaucoup d'éléments de fiction», indique-t-il.

Présenté comme une enquête au cours de laquelle Christin traque autour du globe un milliardaire aussi mystérieux que louche, L'homme qui fait le tour du monde, paru en 1996, (Dargaud) est un autre exemple réussi de docu-fiction en BD.

Ce mélange des genres disparaît à la même époque dans l'oeuvre de Joe Sacco, que d'aucuns reconnaissent comme l'inventeur du «journalisme d'immersion».

«Les médias, en quête de nouvelles manières de témoigner, commencent à percevoir l'intérêt de ce genre, capable d'emmener le lecteur blasé dans des lieux où il ne serait jamais allé», écrit le caricaturiste suisse Patrick Chappatte, dans l'introduction de son bouquin BD reporter.

«Ce n'est qu'un début: à l'avenir, dans les journaux, sur le web ou en télévision, le dessin nous aidera de plus en plus à raconter le monde.»

Patrick Chappatte
caricaturiste

Sur le terrain, ce pionnier du reportage dessiné «fonctionne comme n'importe quel journaliste, menant des interviews, prenant des clichés». Mais se permet aussi de partager des anecdotes, ses émotions et ses doutes, «choses bannies par les règles journalistiques, mais qui font le sel du réel», écrit le Suisse pour clarifier sa démarche.

La BD documentaire a trouvé une niche de choix aux éditions Futuropolis (Gallimard) qui, outre Reportage et Gaza 1956, de Joe Sacco, hébergent une flopée de titres, dont Le printemps des Arabes (Jean-Pierre Filiu et Cyrille Pomes) et Le monde d'Aïcha (Ugo Bertotti), sur les luttes des femmes au Yémen.

Les auteurs «traditionnels» ou «connus» sont de plus en plus nombreux à se frotter au reportage. À partir d'un long périple en Équateur, Didier Tronchet a publié il y a quelques mois un carnet de voyage autobiographique, Vertiges de Quito (Futuropolis), qui empiète sur le reportage. Dans le récent Un homme est mort, Étienne Davodeau et Kris adoptent un point de vue documentaire sur la reconstruction de Brest, dans les années 1950.

La BD reportage est également présente sous forme de courts récits, publié par des collectifs d'auteurs. C'est le cas d'Être là (Futuropolis), qui collige pour Amnesty International des reportages effectués à travers le monde par le journaliste indépendant Christophe Dabitch. Dans la préface de cet ouvrage, Dabitch définit la démarche comme «un mélange de réalité rencontrée (un regard sur des faits et des témoignages) et d'imaginaires visuels» réinterprétant les lieux et les visages, dans la mesure où certains illustrateurs n'ont jamais quitté leur table à dessin.

La presse magazine aussi a investi cette niche. Fondée en 2008, la revue française XXI, un trimestriel sous-titré L'information grand format, offre non seulement des reportages illustrés par des dessins et des photos, mais aussi des récits journalistiques présentés sous forme de bande dessinée.

Futuropolis est financièrement investi dans une nouvelle publication, La Revue Dessinée, qui propose des reportages en BD, «scénarisés» par des journalistes d'enquêtes, et mis en images par des bédéistes.

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