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Car la nuit est longue: dans les heures après un viol

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«Comment un homme doit-il se sentir après le viol d'une femme? De sa femme?» Telle est la troublante question à laquelle Christophe est confronté, dans le premier roman destiné à un lectorat adulte de Sophie Bérubé, Car la nuit est longue.

Lorsqu'il entend sa conjointe Kaï rentrer à la maison, ce soir-là, Christophe ne peut se douter que son existence, la vie de la femme qu'il aime et la réalité de la famille qu'ils forment avec leur fillette viennent toutes trois de basculer dans un «après» bouleversant. Un après qui, sous la plume de Sophie Bérubé, prend la forme d'une seule nuit: celle suivant le drame et au cours de laquelle Kaï réclamera à son mari de lui raconter une histoire afin de ne pas perdre pied et tête.

Pour le couple, la nuit sera effectivement longue...

Native de Québec et établie en Nouvelle-Écosse depuis plusieurs années, Sophie Bérubé avait écrit les deux premières pages de ce roman il y a de cela trois, quatre ans déjà, alors qu'elle travaillait sur un projet jeunesse, Le projet Percée.

«Ce n'était alors que quelques paragraphes de réflexion d'un personnage sur l'avant d'un drame, raconte-t-elle. Je ne savais même pas, à ce moment-là, quelle était la nature de ce drame.»

Lorsqu'elle a ressorti ces pages, l'auteure a toutefois compris à quoi tiendrait leur suite: il s'agirait d'un viol et elle aborderait (avec finesse et intelligence émotionnelle) l'agression du point de vue d'un narrateur masculin, dont elle ferait un nouveau Shéhérazade.

«L'agression sexuelle est un sujet qui me préoccupe et me touche, certes, mais il s'agit d'une fiction totale, tient toutefois à préciser Mme Bérubé d'entrée de jeu. Un viol est un acte imposé dans l'intimité de la personne qui le subit, mais qui a également un impact sur ceux et celles qui l'entourent. Il n'y a jamais une seule victime, quand un tel acte est commis. Par ailleurs, l'intensité de l'agression ne se limite pas au seul moment du viol: elle peut ressurgir plus tard et exacerber les insécurités des uns et des autres.»

Jusqu'au point de rupture

Face à la détresse de Kaï, qu'il devine plus qu'autre chose puisqu'elle refuse de lui parler de ce qu'elle a subi ce soir-là, Christophe fait donc de son mieux. Se questionne sur ce qu'il peut réellement poser comme gestes pour rassurer sa femme. Se met, à sa demande, à relater leur histoire d'amour. Pourtant, lui aussi, dans sa peur de perdre celle qu'il aime, qui le rend déjà vulnérable, dans sa perception de sa place au sein de son couple, est fragilisé par la situation, sa colère et par le désir de Kaï de reprendre contrôle sur son corps. «Je me sens comme une marionnette [...] abandonnée qui devrait deviner sur quel pied danser, mais à qui on ne donne même pas la musique. Même pas la note de départ», écrit Sophie Bérubé, en se glissant dans la tête et le coeur de Christophe.

Car cette nuit qui n'en finit plus mènera le couple au point de rupture.

«Je me suis sentie un peu coupable de leur faire traverser une autre crise. Cependant, Christophe et Kaï, de par leur relation même, m'ont menée à cette crise qui les secoue si durement. Il est évident que cette nuit-là les pousse à l'extrême de ce qu'ils sont vraiment et de ce qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. Je dois dire que j'aimais beaucoup cette contrainte de raconter l'épopée de ce couple en une nuit», confie Sophie Bérubé.

En concentrant son roman sur ces quelques heures, elle peut ainsi faire comprendre à quel point il ne sera pas facile pour ses personnages de se reconstruire, sans avoir à déterminer s'ils y parviendront ensemble ou non. «Pour moi, l'intérêt d'écrire leur histoire ne tenait pas au long terme, mais bien à cet après immédiat qui me forçait à aller à l'essentiel de leur nature profonde», conclut l'auteure.

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Car la nuit est longue, de Sophie Bérubé. Éditions David, 134 pages.

En librairie le 21 janvier.

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