MaddAddam: Margaret Atwood post-apocalypse

Avec MaddAddam, Margaret Atwood met un point final à sa trilogie... (Courtoisie)

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Avec MaddAddam, Margaret Atwood met un point final à sa trilogie entreprise avec Le Dernier Homme, il y a 10 ans, et qui compte entre les deux titres Le Temps du déluge, publié en 2012. Une trilogie dans laquelle la Canadienne se joue des codes de la dystopie et de l'utopie pour créer son propre univers, où apocalypse et renouveau vont de pair.

«Pour moi, là où il y a destruction, il peut aussi y avoir de l'espoir, la possibilité de redéfinir son rapport à la parole, au passé, aux sciences, à la religion, à la nature. 'est tout ça que j'ai cherché à développer dans la trilogie», renchérit Margaret Atwood.

En se lançant sur la piste d'Oryx et Crake, au début des années 2000, l'écrivaine n'avait toutefois pas prévu de pousser l'exercice de réflexion aussi loin autour des mêmes personnages. Ce n'est que vers la fin de ce qui est devenu le premier de ses trois tomes qu'elle a compris dans quelle aventure elle venait de se lancer sans le savoir.

«À la sortie du Dernier Homme, les lecteurs se sont mis à me réclamer tant de réponses aux questions que j'avais laissées en suspens dans les derniers chapitres que je n'ai pas eu le choix: j'ai dû leur proposer une suite!» clame la principale intéressée en laissant entendre un rire mutin, à l'autre bout du fil.

Cette suite à l'avant catastrophe, elle l'a donc déclinée en deux temps: un «pendant» le déluge ainsi qu'un «après». C'est d'ailleurs là, dans cet «après», que les lecteurs retrouvent Toby, Zeb, Jimmy-le-Snowman, Adam Premier et compagnie, dans MaddAddam.

Cette compagnie inclut les Crakers, créatures hybrides aussi nues que naïves conçues par Crake, qui posent autant de pourquoi que de comment. Et qui, tels des enfants à l'heure d'aller dormir, réclament des histoires pour comprendre le monde étrange qui les entoure.

«Les Crakers ne saisissent pas tous les éléments qui relèvent du passé. Ils se questionnent sur leur place dans l'Histoire. C'est pourquoi ils ont besoin de se faire raconter ce qui s'est déroulé, afin de fixer leurs repères, de s'inscrire dans la suite des choses. 

«Toby doit donc leur raconter ce qui s'est passé, de la façon la plus simple possible. Le lecteur, lui, n'est pas idiot et peut lire entre les lignes les implications des non-dits, entre autres», fait valoir Margaret Atwood.

Après l'hécatombe, tous les survivants sont certes en mode survie. Pourtant, dans leur manière même de reprendre pied parmi les décombres de leurs villes et bâtiments - alors que la nature, elle, reprend ses droits - ils oeuvrent déjà à s'adapter à leur nouvelle réalité, à faire face au danger incarnées par les Painballers, ces êtres violents, armés et dangereux, sans foi ni loi.

Tous cherchent à se renouveler, aussi, notamment en inventant de nouvelles lois divines.

Couple («l'outil d'intrigue par excellence!» clame gaiement l'auteure), amour, fidélité et religion s'avèrent autant de thèmes qu'elle aborde une fois de plus. Ce qui, inévitablement, fait en sorte qu'elle traite de sexualité.

«Dès qu'il est question de religion, la sexualité s'invite dans le débat, puisque la religion a toujours son mot à dire sur le sujet!» dit-elle en riant.

De mémoire, de parole et d'écriture

Au-delà de ces thèmes, les mots - que la Canadienne considère comme «notre technologie la plus ancienne» - se trouvent au coeur de sa trilogie.

Qu'ils soient dits ou écrits, ils changent notre manière de transmettre le passé et, du coup, notre façon de nous souvenir.

«L'arrivée d'Internet, par exemple, ne nous contraint plus à tout garder en tête, mentionne-t-elle. Nous sommes aujourd'hui à un clic de nous rafraîchir la mémoire sur n'importe quel sujet ou presque. Toute technologie modifie notre façon d'utiliser notre cerveau.»

C'est sans oublier la valeur intrinsèque de la parole, orale ou écrite.

«L'oralité module l'histoire, les événements, parce que les mots pour les raconter changent. L'écriture fixe les choses, même si l'interprétation qu'on peut alors faire de ce qui est écrit, elle, peut changer.»

Dans MaddAddam, Margaret Atwood explore ainsi une narration à deux niveaux. 

Le premier se veut le reflet d'une tradition orale ancestrale, lorsque Toby s'installe, le soir venu, pour raconter aux Crakers les parcours de Zeb ou de Jimmy-le-Snowman, entre autres.

Le second passe d'hier à demain, en inscrivant sa trame fictive dans le compte rendu des événements au présent, alors que Toby apprend au jeune Craker Barbe-Noire à écrire.

«L'oralité et l'écrit viennent de deux temps différents. La première relève d'une expérience pouvant se teinter du ton de voix du conteur, du décor ou de la réaction de la foule. Mais, essentiellement, le conteur et son auditoire partagent un même espace-temps», évoque l'écrivaine.

«L'auteur, lui, crée l'illusion d'un tel partage en laissant entendre sa voix dans la tête de son lecteur. Comme si l'écrivain s'enregistrait et en faisait un paquet à être ouvert plus tard, sans qu'il ne sache quand, où, ni par qui.»

Mme Atwood s'est récemment penché sur cette question dans son essai On Writers and Writing (2014). Tout en explorant les différences entre les deux modes de transmission, elle arrive au même constat: «Dans les deux cas, cela relève toujours d'une question de confiance.»

Croit-on ce que la personne est en train de nous raconter, que ce soit par la parole ou par des mots couchés sur papier? Telle est la question.

«Tout tient dès lors à la création d'une illusion de confiance entre les parties. Et vous pouvez me croire, je suis en train de vous dire la vérité!» lance-t-elle dans un nouvel éclat de rire, en guise de conclusion.

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