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Les Luminaires: polar victorien aux destins croisés

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Pavé de près de 1000 pages, la version française des Luminaires d'Eleanor Catton atterrit sur les tablettes des librairies au cours de la prochaine semaine précédée d'une rumeur plus que favorable. Doublement couronnée des prix Man Booker et du gouverneur général en 2013, la Canadienne d'origine et Néo-Zélandaise d'adoption mérite amplement ces accolades: elle signe, à tout juste 29 ans, un roman à la hauteur des attentes.

Non seulement met-elle en scène une fascinante galerie de personnages, tous en quête de quelque chose (or, liberté, renouveau identitaire), mais elle le fait d'une plume au souffle littéraire indéniable.

Lorsqu'il débarque dans le fumoir d'un hôtel d'Hokitika, sur la côte Ouest de la Nouvelle-Zélande, le jeune Britannique Walter Moody est loin de se douter qu'il vient de s'inviter à une rencontre confidentielle.

Les 12 hommes dont il fera la connaissance au cours de cette soirée de janvier 1866 ont tous un lien avec: Anna Wetherell, devenue prostituée et consommatrice d'opium depuis son arrivée à Hokitika et récemment retrouvée inanimée et abandonnée sur une route à l'extérieur de la ville; Emery Staines, curieusement porté disparu depuis; et Crosbie Wells, prospecteur découvert mort dans son humble cabane érigée sur son lot de prospecteur.

Ces 12 hommes - aussi en colère qu'anxieux des conséquences des événements sur leur sort, comme le constatera Moody - cherchent donc à élucider ce qui se cache derrière ces incidents.

Mais plus encore, découvre- t-on à l'instar du nouveau venu à Hokitika, ces hommes (incluant un Maori, deux Chinois et des ressortissants britanniques venus chercher fortune ou redorer leur blason) cherchent à faire le procès de Francis Carver, intriguant capitaine de navire qui semble lui aussi mêlé de près à toute l'histoire.

Sur fond de ruée vers l'or et de langueur opiacée, jouant des codes des romans victoriens du XIXesiècle, Eleanor Catton élabore sa trame en parsemant des indices sur l'action en ouverture de chapitre, comme il se doit.

Ainsi, de fil en aiguille, l'auteure lève le voile sur les ambitions, amours, rêves et désespoirs d'une vingtaine de personnages. Entrecroise avec autant de finesse que d'intelligence les destins de chacun. Relie les événements d'hier et d'aujourd'hui tels les astres en mouvance dans le ciel, pour éclairer les zones d'ombre de ces hommes et femmes.

Lentement mais sûrement, elle accélère le tempo, passe de chapitres plus longs à des chapitres plus courts, changeant de plus en plus vite les perspectives au fur et à mesure que se (dé)nouent les ficelles de son histoire.

Plusieurs «briques» n'ont pas l'envergure, ni l'intensité soutenue des Luminaires d'Eleanor Catton.

Sa fresque foisonne de personnages qu'on apprend à connaître et qu'on suit avec bonheur. Elle pulse d'une quête de vérité qui tient en haleine, même quand on comprend qui joue quel rôle dans toute l'affaire, tant l'écriture en est maîtrisée.

Le lecteur plonge donc le regard dans Les Luminaires comme ses chercheurs d'or en tamisent le sable: pour déceler les nombreuses pépites qui s'y cachent. Car ici aussi, loin d'être de la poudre aux yeux, le moindre mot (ou point de suspension) vaut son pesant d'or.

Il faut par ailleurs souligner la qualité de la traduction d'Erika Abrams (la même ici qu'en France), à qui l'on pardonne aisément, tant l'oeuvre originale est dense, les quelques «shake-hand» (au lieu d'une poignée de main) et «tais ta gueule»...

""1/2

Vlessard@ledroit.com

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