Magasin général ferme boutique

Les bédéistes Régis Loisel (dessiné par Raphaël Guilbault)... (Courtoisie)

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Les bédéistes Régis Loisel (dessiné par Raphaël Guilbault) et Jean-Louis Tripp (dessiné par Lamouchemasquée, alias Jessica Tremblay).

Courtoisie

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Notre-Dame-des-Lacs, neuvième tome de Magasin général, la fresque bande dessinée coscénarisée et codessinée par Régis Loisel et Jean-Louis Tripp, paraissait au Québec - où se situe l'action - cette semaine, un mois après sa sortie en France.

Les bédéphiles ont pu découvrir cet ultime chapitre juste à temps pour le faire signer par les deux coauteurs de la «série», qui participent depuis vendredi au Rendez-vous de la BD de Gatineau... dont ils sont aussi coprésidents d'honneur. Le rendez-vous se prolonge jusqu'à dimanche, à la Maison du citoyen.

On a mis des guillemets à «série» par souci de respecter le voeu des artisans de cette chronique rurale qui se déroule à la fin des années 1920. À l'origine, «des raisons contractuelles» ont donné l'impression que l'oeuvre allait se décliner en trois tomes.

«Mais ça n'a jamais été une série: pour nous, ç'a toujours été un long roman graphique, corrige d'emblée Jean-Louis Tripp. La ligne directrice et l'arc narratif n'ont pas changé d'un iota, et tout ce qui arrive dans le tome 9 était prévu à l'origine.» 

Il s'avoue chagriné par certaines «insinuations blessantes vis-à-vis de notre intégrité», qu'il a senties à mesure que se confirmait le succès de Magasin général, qui caracole dans le palmarès des ventes. Chaque tome a dépassé les 100 000 exemplaires vendus et l'oeuvre est désormais traduite en plusieurs langues.

«On n'a jamais cherché à étirer la sauce, bien au contraire: plusieurs pistes qu'on avait explorées dans le scénario ont été abandonnées pour ne pas donner l'impression qu'on tirait sur l'élastique.» 

Leur feuilleton dessiné a connu un succès d'autant plus remarquable que leur lectorat est surtout constitué de «lectrices, à 60%» - un public que la BD rejoint d'habitude plutôt mal. Sans doute attirées parce que Magasin général est «une oeuvre féministe: il est question de l'émancipation d'une femme, puis des mentalités de tout un village, 40 ans avant la Révolution tranquille», soutient Jean-Louis Tripp. 

«Roman du terroir»

Les auteurs ont exploité d'autres ressorts que l'action ou l'humour de situation, qui abondent en BD, préférant une approche romanesque «humaniste», à mi-chemin entre les univers de Frank Capra et de Marcel Pagnol.

«À part deux ou trois coups de poing au travers des neuf tomes, il n'y a pas une scène d'action. Magasin Général, c'est uniquement de la matière sensible. On a essayé de coller le plus possible à la réalité des gens.»

Celle d'un village fictif, l'oeuvre n'ayant pas de prétention documentaire, souligne M. Tripp, fier de la voir s'inscrire dans la tradition du «roman du terroir» québécois (Le Survenant, Maria Chapdelaine, etc.)

Cette sensibilité, c'est bien la raison pour laquelle leur feuilleton s'est étiré: les auteurs ont voulu prendre le temps nécessaire au développement des protagonistes et les liens qui les unissent.

«Le personnage du curé qui doute de sa foi, ça ne pouvait pas se raconter en deux coups de cuiller à pot. Le coming out de [censurons, pour ne pas gâcher le plaisir de la lecture!] non plus. Quant au départ de Marie à Montréal, on l'avait prévu dès le début, car c'était dans la logique d'émancipation du personnage... mais ce qui prenait une ligne et demie dans le scénario original aura pris un album et demi à raconter de façon crédible. La subtilité, ça prend du temps à dire, à raconter et à dessiner», illustre M. Tripp.  

Rééditions plus québécoises

L'authenticité vient aussi de leurs deux collaborateurs «100% pure laine», François Lapierre et Jimmy Beaulieu.

Le premier s'est s'occupé de la mise en couleurs. «Il a fait un travail extraordinaire et j'aime penser que seul un Québécois aurait pu rendre aussi bien l'ambiance hivernale».

Le second a supervisé le joual et les québécismes des dialogues. «Je voulais qu'on soit inattaquable [car] je suis un amoureux de cette langue, et il m'arrive même de sacrer - sans l'accent», rigole M. Tripp, qui a émigré à Montréal, tout comme son complice Loisel.

«Avec le temps, les dialogues québécois sont d'ailleurs devenus progressivement plus affirmés. On a progressivement relevé le niveau, entre les tomes 1 et 5... mais arrivés au huitième, [ce manque de cohérence] me gênait un peu.»

Au point que les bulles des prochaines rééditions seront plus profondément enracinées dans la parlure de notre terroir, l'équipe ayant revu et revalidé récemment le texte des 400 premières planches. 

Au cinéma

Les lecteurs n'auront pas à faire immédiatement le deuil des villageois, car deux projets d'adaptation sont en branle. Un long métrage cinématographique classique, en chair et en os, ainsi qu'une possible adaptation en animation 3D, laisse entendre M. Tripp. 

Mais une suite? Probablement pas. «Par principe», il «ne ferme pas de portes» à une éventuelle continuation de l'oeuvre.

«Mais si on le fait, ce ne sera pas demain. Et on ne ferait que le scénario, pas le dessin», laisse-t-il entendre, évoquant un très éventuel spin off s'intéressant à Serge, avant que le personnage ne débarque au village pour y ouvrir son restaurant.

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