La fin d'un Siècle pour Ken Follett

Ken Follett, l'auteur de la trilogie Le Siècle.... (Alain Roberge, La Presse)

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Ken Follett, l'auteur de la trilogie Le Siècle.

Alain Roberge, La Presse

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En mettant le point final Aux portes de l'éternité, dernier tome de sa trilogie Le Siècle comptant plus de 3500 pages, Ken Follett s'est senti rempli d'un «sentiment de triomphe» bien plus que du deuil à faire des dizaines de personnages, fictifs ou historiques, qui ont (re)pris vie dans les trois romans qu'il a consacré au foisonnant XXe siècle.

«Je n'étais pas certain de réussir à mener à terme mon projet, vous savez», avoue-t-il, joint à Montréal où il était de passage dans le cadre du Salon du livre.

Un plan B...

Au point où l'auteur des Piliers de la terre et d'Un monde sans fin, qui ne craint pourtant pas les grands chantiers d'écriture, avait d'ailleurs prévu «un plan B».

«Si je m'étais rendu compte qu'il m'était impossible de respecter mes engagements, j'avais prévu organiser une conférence de presse pour annoncer que je rendrais l'argent avancé aux maisons d'édition», confie-t-il.

Le Britannique n'aura pas eu à le faire, persistant dans ses recherches et ses entretiens avec divers intervenants de l'histoire, et signant l'ultime volet de sa saga historique.

Dans Aux portes de l'éternité, il s'attarde du début des années 1960 à la fin des années 1980. De l'érection du Mur de Berlin à sa chute, qui sont les points d'orgue d'une succession d'événements significatifs, allant de la crise des missiles à Cuba jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Gorbatchev, en passant par l'émergence du rock'n'roll et la guerre du Vietnam.

«Le défi d'écrire sur des années plus contemporaines, c'est que la marge de manoeuvre pour imaginer certaines scènes diminue. Si je remonte aux années 1920, je peux plus facilement envoyer le premier ministre britannique à Birmingham pour les besoins de ma cause, mais je peux difficilement envoyer John F. Kennedy à New York sans devoir vérifier si cela correspond à la réalité. Car avec JFK, il y a toujours quelqu'un, quelque part, qui sait si c'est vrai ou pas!»

Replonger ainsi avec le lecteur dans des décennies plus récentes et donc plus fraîches à la mémoire de tous réclame de «développer un angle différent pour raconter et faire vivre les événements aux gens», soutient Ken Follett.

Tout passe par les petits détails choisis pour étoffer ses romans et étayer les courbes dramatiques de ses héros. Des détails qui peuvent tour à tour charmer ou choquer, à l'instar des petits canards de plastique avec lesquels JFK s'amusent dans la baignoire avec l'une de ses maîtresses et de l'utilisation des «chiens démineurs», souvent des enfants vietnamiens tenus en laisse et marchant devant les soldats américains, au cas où...

«Ce sont le genre de détails, tous validés soit dit en passant, que les lecteurs n'attendent pas et qui me permettent de donner une autre perspective à ce que les gens croient savoir.»

Sur le clan Kennedy, Nixon et Reagan comme sur l'élection du Polonais Jean-Paul II comme pape, l'émergence du mouvement Solidarnosc et Lech Walesa, l'arrivée de Gorbatchev...

Par ailleurs, au Mur bien visible coupant Berlin entre Est et Ouest, et le monde en deux camps, Ken Follett oppose toutefois un autre mur, invisible mais divisant les États-Unis: celui de la couleur.

L'écrivain reconnaît qu'il n'avait pas prévu que la cause des droits civiques des Afro-Américains occuperait une telle place dans son troisième titre.

«Ce n'est qu'à la fin de L'Hiver du monde que j'ai réalisé l'importance que la lutte des Noirs pour leurs droits allait prendre dans ma suite. Le hic, c'est qu'il me fallait une famille noire et que je ne l'avais pas! Je n'avais tout simplement pas pensé à ça, au début de l'aventure!»

Il est donc remonté dans l'arbre généalogique de la famille de Greg Pechkov, enracinée aux États-Unis depuis l'arrivée de Lev (qui a fui la Russie dans le premier tome). Et il a «rapidement changé la couleur de peau» de Jacky Jakes, la femme initialement blanche avec qui Greg Pechkov aura un enfant illégitime mulâtre: George.

Ledit George, brillant étudiant en droit, montera à bord de l'autobus des Freedom Riders jusqu'en Alabama et sera par la suite recruté par nul autre que Robert Kennedy pour se joindre à son équipe de juristes.

De l'autre côté du Mur de Berlin, Dimka Dvorkine, lui, gravira les échelons dans les coulisses du Kremlin. Jusqu'à devenir l'aide de Khrouchtchev.

«Je ne peux évidemment pas prétendre savoir ce que Robert Kennedy ou Khrouchtchev pensait en telle ou telle occasion. Mais je peux imaginer ce que George et Dimka croient qu'ils pensent, en les positionnant ainsi dans leur entourage.»

Et pendant que la famille allemande des Franck était littéralement séparée par le Mur, sa branche britannique s'est mise à faire de la musique.

«Comme les décisions politiques prises à Londres n'avaient plus le même poids, à l'heure de la Guerre froide, j'ai dû leur trouver quelque chose à faire. La musique pouvant devenir politique, à l'époque, j'ai donc décidé de les faire chanter!»

... et un nouveau tableau

Même s'il admet avoir un faible pour Ethel Williams devenue Leckwith (maîtresse du comte Fitzherbert qui sera élue députée puis nommée baronne et de militer pour les droits des homosexuels), Ken Follett ne s'ennuiera pas de la colorée galerie d'hommes et de femmes qu'il a mis en scène dans La Chute des géants (2010), L'Hiver du monde (2012) et Aux portes de l'éternité.

«Je ne prévois pas employer de nouveau ces personnages», mentionne celui qui n'avait pas cru non plus offrir une suite aux Piliers de la terre. Ken Follett éclate de rire à l'autre bout du fil, lorsqu'on lui en fait la remarque.

«C'est bien vrai! Je suppose que je ne devrais pas dire ça, n'est-ce pas? Never say never...»

Il n'en demeure pas moins que dans son bureau, le tableau incluant les 1001 détails sur les personnages du Siècle a déjà été remplacé par un autre.

«Depuis Noël dernier, je travaille sur le xvie siècle et la reine Elizabeth 1ere, explique-t-il. Comme beaucoup de gens voulaient la tuer, elle avait créé un bureau secret pour se protéger.»

Ken Follett, à qui on doit aussi les thrillers L'Arme à l'oeil et autres Codes Zéro, ne cache pas qu'il «espère» avoir trouvé là un sujet lui donnant l'occasion de réunir sous la même couverture ses deux passions: histoire et espionnage.

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