L'art comme cible

Il signe ses oeuvres mitraillées aux bombes d'aérosol dans les villes de son... (Archives, La Presse)

Agrandir

Archives, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Il signe ses oeuvres mitraillées aux bombes d'aérosol dans les villes de son surnom éloquent : Sniper. Elle le traque pour lui proposer catalogue illustré et rétrospective au MoMA, c'est-à-dire la possible rançon de sa gloire jusque-là anonyme : Alejandra, dite Lex. Entre eux, tenant en joue leurs destins croisés et les lecteurs lancés aux trousses de ses « héros », tel un tireur en embuscade : Arturo Pérez-Reverte.

L'Espagnol signe son 20e titre traduit en français, La patience du franc-tireur, où art urbain, adrénaline, esthétisme, commercialisation, rébellion, 

(il)légalité et responsabilités se jugent à l'aune de la rue, de ses rames de métro à ses toits les plus en vue, en passant par ses murs. À l'aune de la vengeance aussi.

Car si Sniper met autant de mal à se cacher, c'est que plusieurs lui en veulent. Pour la charge dérangeante, radicale, voire violente, de ses graffitis. Encore plus, peut-être, pour le mouvement d'entraînement qu'il provoque, en invitant les autres graffeurs à repousser les limites de leur art par des interventions aussi spectaculaires que dangereuses. Le fils du riche et vindicatif homme d'affaires Lorenzo Biscarrués figure parmi ses « victimes »... Ainsi, pendant que Lex (dont le surnom, signifiant Loi, n'est pas innocent) cherche l'illustre artiste urbain de Madrid à Naples, Biscarrués lâche deux durs à cuire à sa suite, histoire de profiter d'elle pour remonter jusqu'à celui qu'il juge responsable du décès de son garçon.

D'une performance à l'autre, Arturo Pérez-Reverte entraîne personnages et lecteurs dans une réflexion foisonnante sur la place de l'art dans la société, sur la marchandisation des oeuvres et de leur créateur.

« qu'est qui fait qu'une installation officielle soit considérée comme de l'art et qu'une autre non officielle ne le soit pas : qui décide ?... Les pouvoirs publics, le public, les critiques... ? » demande Sniper.

Plus que l'aspect thriller (dont on ressent les bouffées d'adrénaline que Pérez-Reverte a vécu sur le terrain, à suivre les expéditions nocturnes de graffeurs), c'est tout ce questionnement sur la valeur d'une oeuvre, l'authenticité d'une démarche et la radicalisation d'un artiste qui fait le réel intérêt de ce roman de l'ancien grand reporter devenu écrivain.

La patience du franc-tireur, Arturo Pérez-Reverte, Seuil, 266 pages

✪✪✪½

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer