L'Halluci Nation électronique

Ian Campeau (alias DJ NDN, à gauche), 2oolman... (Courtoisie)

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Ian Campeau (alias DJ NDN, à gauche), 2oolman et DJ Bear Witness feront danser les membres de leur nation (fictive) Halluci, le 14 juillet, au Bluesfest, et ce, au nom de l'inclusion, de la tolérance et de la collaboration quelle que soit leur tribu ou origine ethnique.

Courtoisie

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L'époque des « electric pows-wows » n'est pas complètement révolue pour les trois DJs autochtones d'A Tribe Called Red (ATCR), qui continuent discrètement d'animer ces soirées ottaviennes mensuelles. Mais la petite bande a désormais le vent dans les plumes. Un vent international.

Le rayonnement du trio électro d'Ottawa a pris une envergure mondiale, que ne démentira pas son dernier album, le revendicatif We Are The Halluci Nation. Paru en septembre 2016, tout récemment sélectionné dans la longue liste du Prix Polaris (et candidat probable à la courte liste qui sera dévoilée le 13 juillet), ce disque  a patiemment été élaboré aux quatre coins de la planète, de la Norvège à l'Australie. Y figure une brochette d'artistes aussi éminents que l'Afro-Américain Saul Williams, l'Innuite Tanya Tagaq ou la Torontoise d'origine colombienne Lido Pimienta, tend à confirmer le succès de Nation II Nation, album grâce auquel ATCR avait décroché en 2014 le trophée Juno de la révélation de l'année.

Le concept de la nation Halluci, peuplade fictive, leur a été soufflé par le poète et chanteur américain d'origine sioux John Trudell, que la bande ottavienne a rencontré peu de temps avant sa mort en 2015. Le leader et militant sioux a d'ailleurs participé à deux chansons de ce disque qui aura permis à ATCR de « repousser les limites de l'esprit de collaboration et d'inclusion » animant le groupe, soutient Ian Campeau, alias DJ NDN (prononcé « Indian »).

Cette nation sans frontières englobe une « communauté d'esprits » constituée d'individus qui, quelle que soit leur nationalité, leur tribu ou leur origine ethnique, partagent et défendent la tolérance, l'entraide et l'empathie, détaille DJ NDN.

S'il s'agit d'une communauté ouverte, cherchant à rejoindre et fédérer un public sans cesse croissant, y compris parmi la population non-autochtone, Ian Campeau ne cache pas que l'Halluci Nation, au-delà des valeurs socio-culturelles qu'elle défend (l'acceptation de l'autre sous toutes ses coutures : teintes, handicap et orientations), véhicule aussi une charge politique fondamentale.

Anticolonialisme décomplexé

ATCR s'est toujours démarqué par une démarche ethno-musicale puisant son énergie à même les traditions autochtones. Une démarche au centre de laquelle figurent  la nécessité de se rapproprier la culture de ses racines et l'envie de s'inscrire dans une modernité qui se situe en marge des thèmes, rythmiques et canons occidentaux.

Lors, on ne s'étonnera guère d'apprendre que « l'idéologie » de l'Halluci Nation cherche à inspirer, revendiquer et promouvoir un changement social vis-à-vis du manque de considération accordée aux communautés amérindiennes.

Bien que pacifique, le discours de la nation Halluci prône « une idéologie anticolonialiste » décomplexée. C'est aux Autochtones de « redéfinir » leur identité et ce, en se fondant sur des valeurs et critères qui leur sont propres, indique Ian Campeau en mentionnant « le partage et la fraternité » ainsi que la vie en « communion avec la nature », valeurs qu'il oppose à l'essence « capitaliste » du mode de vie occidental. 

Le projet de « réconciliation », tel qu'il est mené par les institutions fédérales, laisse Ian Campeau de marbre.

Malgré la réussite exemplaire du trio, le DJ refuse de porter le costume du Bon Sauvage que le Canada pourrait exhiber lorsque lui vient l'envie de lisser l'image de son unité nationale. Guerrier des temps modernes, Ian Campeau préfère jouer un rôle de modèle vis-à-vis des jeunes Autochtones, qui voient dans sa conviction résistante un exemple positif d'affirmation et de  responsabilisation (« empowerment ») - rôle qu'il prend très au sérieux.

Lors de notre entretien téléphonique - fixé quelques jours après la Journée internationale des Autochtones, passée en famille, loin de la scène, et la Fête du Canada, durant laquelle il ne prévoyait rien d'autre que de rester tranquillement chez lui pour se consacrer au jardinage -  le farouche DJ défendra  des positions tranchées, mais d'un ton toujours posé, nullement frondeur ou séditieux.

« Le gouvernement canadien n'a jamais été conçu au bénéfice de la population indigène ; le concept n'a jamais été destiné à assurer la prospérité des Autochtones. C'est pourquoi je regarde (la politique) en spectateur, de l'extérieur, comme je regardais auparavant des parties de hockey : je peux applaudir certains acteurs, comme j'applaudissais mes joueurs préférés, mais sans réelle implication, en sachant bien que ce n'est pas vraiment un sport qui m'est destiné », évoque Ian Campeau. 

« En réalité, mon existence même est une entrave à cette notion de gouvernement canadien, dont les politiques passées ont tout fait pour me dépouiller de ma culture », alors qu'« il existe des preuves archéologiques que les miens vivaient déjà sur ce territoire il y a 13 000 ans, lorsqu'il n'y avait rien que de la glace, 11 000 ans avant Jésus et 5000 ans avant que ne pousse le premier érable », déclare dans la foulée le DJ ottavien.

N'attendant plus ni excuses ni réparations, il préfère prendre à bras-le-corps la destinée culturelle de son peuple, désormais élargi à une Halluci Nation, mieux à même de se jouer des teintes épidermiques comme des frontières. Et même capable de s'adapter aux univers virtuels : la dernière vidéo d'ATCR, Indian City, est sortie dans une version « 360º », visionnable en réalité virtuelle.

DJ NDN, DJ Bear Witness et 2oolman (lequel remplace à présent DJ Shub, écarté du trio pour des raisons que le groupe prend soin de ne pas détailler) feront résonner leurs tambours électroniques sur la scène Bluesville, le 14 juillet, dans le cadre du Bluesfest.

Pour y aller

Quand ? Le 14 juillet, 21 h

Où ? Plaines LeBreton

Renseignements ? 613-247-1188 ; ottawabluesfest.ca




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