Going Home Star: panser par la danse

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Un salon de coiffure, des magazines féminins. Voilà pour le dispositif simple et léger. Le reste est plus chargé. Quand Annie la coiffeuse et le ténébreux Gordon se rencontrent pour la première fois, elle ne sait pas encore le douloureux passé qui le hante.

Sur la musique angoissante de Christos Hatzis mettant en vedette des artistes autochtones (dont l'interprète de chant guttural inuite Tanya Tagaq), ce ballet narratif, haletant, intrusif, de deux heures environ, laisse ses jeunes proies le corps dévasté et le spectateur secoué. Le titre de cette opération sensible: Going Home Star - Truth and Reconciliation, à l'affiche de la salle Southam jusqu'au 30 janvier.

Le sujet abordé ici n'est pas une mince affaire. Entre les années 1830 et 1996, des milliers d'enfants issus des Premières Nations, Inuits et Métis ont été forcés de résider dans des pensionnats. Ces écoles visaient à assimiler les Autochtones à la culture dominante. Les enfants - parfois âgés de 4 ans - ont subi des sévices psychologiques, physiques, émotifs et spirituels dont les stigmates perdurent de nos jours.

«C'est important d'en parler parce que c'est arrivé au Canada, pays reconnu comme modèle en droits humains et démocratie», explique une note distribuée gracieusement dans le programme. La piqûre de rappel, en pointes et arabesques, passera-t-elle mieux chorégraphiée?

Créé pour célébrer le 75e anniversaire du Royal Winnipeg Ballet en 2014, ce ballet audacieux s'empare sans tabou et avec audace d'un sujet explosif. Il prolonge aussi la thématique «autochtone» initiée par le CNA en début d'année; un choix d'ouverture symbolique pour la saison 2016 qui s'inscrit dans la foulée de la publication récente du rapport émis par la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Tous les thèmes délicats - sévices psychologiques, physiques, éradication d'une culture, responsabilité de l'église - s'offrent une nouvelle mise au point dans ce ballet qui ne mâche pas ses gestes. Les prêtres sont représentés en soutane mode SM, leurs viols multiplient les positions.

Dire et redire l'histoire en trouvant des angles nouveaux pour avoir une chance de la digérer un jour est une solution: un pas est fait en ce sens sur le plateau avec l'échafaudage d'une fiction romantique mise à rude épreuve: l'histoire d'amour d'Annie (gracieuse Sophia Lee) et du traumatisé Gordon (Liang Xing, très solennel), un couple de jeunes autochtones qui tentent de vivre leur passion malgré un passé dévastateur.

À la chorégraphie, Mark Godden a conçu un dispositif visuel sophistiqué et sobre sur lequel sa danse tantôt figurative, tantôt métaphorique, s'inscrit en relief pour dresser un hommage aux victimes des pensionnats. Il joue avec finesse de projections d'images somptueuses - envolées de colombes ou clairs-obscurs, dressant des lieux évocateurs propices à la réflexion. Entre pudeur et douleur, Going Home Star, Truth and Reconciliation se détache de l'horreur tout en stigmatisant ses signes.

Quand le couple s'affranchit de la pesanteur, en deuxième partie, il saute en l'air comme mu par un sursaut de vie. Mais ces éclats de corps retombent immédiatement. La solitude semble inéluctable dans cette pièce où le trajet individuel de chaque danseur rejoint un tracé collectif, raconte une histoire douloureuse. Tragique pour le moins. Il est question d'asservissement, d'absence à soi-même, d'identité à se réapproprier. Mais la vie continue, reste à trouver comment.

Pour y aller

Où? Centre national des arts

Quand? Jusqu'au 30 janvier

Renseignements: Billetterie du CNA, 613-947-7000; TicketMaster.ca, 1-888-991-2787

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