Danser le pire, pour le meilleur

Going Home Star - Truth and Reconciliation exorcise... (Courtoisie)

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Going Home Star - Truth and Reconciliation exorcise par la danse l'horreur des pensionnats canadiens destinés aux enfants autochtones.

Courtoisie

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Non, le ballet n'est pas seulement conte de fées avec princes (en bleu) et princesses évanescentes (en rose) dans le ciel faussement serein de la danse. Le Royal Winnipeg Ballet, venu présenter Casse-Noisette en décembre, a remisé son attirail de Noël - sapin, jouets et grands sourires - pour un programme d'une tout autre teneur. Rencontre autour de la création audacieuse d'un spectacle qui célèbre aussi le 75e anniversaire de la compagnie.

Coup de poing, coup d'éclat, Going Home Star - Truth and Reconciliation exorcise par la danse l'horreur des pensionnats canadiens destinés aux enfants autochtones. Le directeur artistique du Royal Winnipeg Ballet André Lewis, en visite à Ottawa lors des représentations de Casse-Noisette, s'est entretenu sur la délicate transposition au plateau de danse d'un sujet encore à vif. 

La Commission de vérité et réconciliation du Canada a remis son rapport final, cet été, après avoir réuni des témoignages de victimes pendant six années: elle conclut que le système des pensionnats a bien été l'outil central d'un génocide culturel à l'égard des premiers peuples du Canada. Et que la voie vers une véritable réconciliation est encore longue à paver... 

À la tête de l'institution depuis 1996, M. Lewis a tenu à mettre en exergue les 75 ans de son établissement avec la précision de celui qui a parfaitement cadré ses ambitions. Percutant, audacieux, ce projet artistique-anniversaire affirme son désir d'encourager un nouveau répertoire de «ballet d'aujourd'hui» imbriquant esthétique classique et enjeux contemporains. Le directeur peut s'enorgueillir d'un fait: «c'est la première fois qu'un ballet s'empare du scandale des pensionnats.» Il fallait oser pareille entreprise!

Vertige du souvenir

«L'idée a germé il y a cinq ans, lors des débuts de la Commission de vérité et réconciliation du Canada,» raconte M. Lewis. En 2011, celle-ci lance un appel de projets qui informeraient les Canadiens des sévices subis par les anciens élèves des pensionnats autochtones.   

«Nous pouvions rejoindre un public autre que le leur», souligne le directeur qui parvient à faire sponsoriser son ballet par la commission. Le projet ouvre toutes grandes les portes de la création, en guise de cadeau à partager, alors que la compagnie fête son 75e anniversaire. 

Deux mots d'ordre: information et réconciliation, afin d'encourager de nouvelles relations fondées sur la compréhension et le respect mutuels. André Lewis assume: «J'ai grandi sans connaître l'existence de ces pensionnats et je n'étais pas le seul. Le ballet peut donner une certaine idée de ce qui s'est passé, à sa façon, selon un angle plus visuel et plus physique.» 

Ne se trompe pas, celui qui croit au pouvoir de la danse pour tout dire... mais jusqu'où peut-on aller dans la mise en scène des sévices subis? «Le spectacle se veut inclusif, répond le directeur, nous avons donc privilégié une approche métaphorique.» 

Sur le plateau, l'affaire se révèle plus délicate. Certains interprètes ont besoin d'un soutien psychologique. Brûlure du passé, vertige du souvenir, les flux et reflux du temps circulent dans cette oeuvre téméraire. Partout où elles sont programmées, les représentations sont accompagnées d'une foule d'activités qui encouragent le dialogue et les débats. 

Ce sujet inflammable a poussé le RWB à engager des créateurs d'origine autochtone ou métis, de l'auteur Joseph Boyden (un Anishinaabe), au scénographe KC Adams (métis), à la trame musicale (confiée à Tanya Tagaq et Steve Wood & the Nothern Cree Singers).  

«Même si cette histoire n'est pas uniquement la leur, mais celle de tous les Canadiens, je n'aurais jamais entrepris un tel projet sans la contribution autochtone», tient à préciser le directeur du Royal Winnipeg Ballet.

Un choix artistique hautement symbolique pour cette compagnie établie dans la ville affichant la plus forte population de Premières Nations ayant le statut d'Indien inscrit (d'après les chiffres de Statistique Canada publiés en 2011).

Pour y aller

Où? Centre national des arts

Quand? 28-30 janvier 2016

Renseignements: Billetterie du CNA, 613-947-7000; TicketMaster.ca, 1-888-991-2787

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