La planète Martens ne manque pas d'air

Performance physique époustouflante, The Dog Days are Over... (Courtoisie)

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Performance physique époustouflante, The Dog Days are Over affûte à l'extrême la répétition du même mouvement.

Courtoisie

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Danse gonflée ou essoufflée, Jan Martens appartient à cette catégorie de chorégraphes qui créent avec humour. Simple et directe, immédiatement lisible, son écriture est plus proche d'une danse d'actions que d'une gestuelle savante.

On est loin de la «non-danse» qui a dominé les années 1990, des productions conceptuelles sans queue ni tête. Jan Martens nous prouve justement qu'il a les deux dans Ode to the Attempt et The Dog Days are Over, un double programme décomplexé à découvrir au CNA jusqu'au 24 octobre. 

Tentative réussie d'Ode to the Attempt

Chorégraphe de la génération Facebook et selfies, Jan Martens nous accueille «branché» sur scène, derrière son ordinateur, pas gêné. Il se prend en photo, les fait défiler sur son écran projeté en toile de fond. Le traditionnel «veuillez éteindre vos appareils électroniques, ne pas prendre de photographies» lui décroche un sourire.

Silhouette maigrelette vautrée sur son portable, le danseur n'affiche pas d'emblée le physique élastique d'un athlète. Sans forcer le trait, encore moins la narration, il invite le spectateur à découvrir les étapes d'un scénario immédiatement accessible. Sur l'écran défilent les «essais» qu'il s'est lancés (en anglais) au cours de la demi-heure de spectacle  «tentative de vous rendre conscient de ce qui va arriver», «tentative de commencer à bouger», «tentative de trouver une image qui restera gravée dans vos mémoires»...

Certaines sont plus fructueuses que d'autres, et bien réussie fut celle d'«être classique»: qui se serait attendu à le voir grimper sur sa table jonchée d'ordinateurs et prendre doucement une pose de petit rat d'opéra? L'instant suivant contraste sans prévenir: il baisse son short et danse au grand air...décidément, Jan Martens ne manque pas d'air!

Époustouflant Martens

Et si l'on n'est toujours pas convaincu, la seconde pièce The Dog Days are Over est là pour le démontrer; indubitablement une chorégraphie dont on se souviendra longtemps.

Performance physique époustouflante, elle affûte à l'extrême la répétition du même mouvement, jusqu'à flirter avec la transe. Huit danseurs sautent ensemble pendant plus d'une heure. L'argument pourrait paraître aride, il sidère. La première demi-heure ne connaît aucune baisse de régime, tous vibrent au même tempo.

On comprend néanmoins que pour certains spectateurs cette répétition martelée du mouvement devienne une arme de destruction lente de l'attention. Trop de bonds, de rebonds continus saturent l'atmosphère au point de lasser, voire d'étourdir. Pourtant, des variations s'intercalent, faisant voguer l'imagination au gré des tableaux créés: ici, une meute à l'énergie bondissante, là, un banc de poissons tiré au cordeau ou encore une farandole impeccable. Le corps se fait instrument de musique, machine organique que l'on croirait infaillible. Puis apparaissent (très discrètement) les premiers signes de fatigue - transpiration, souffle audible...

Dix minutes avant la fin, la lumière baisse tandis que les interprètes continuent inexorablement leur danse métronomique sur un solo de guitare, dans une obscurité presque totale. Cette scène est d'une beauté à couper le souffle. Encore une histoire d'air...

Pour y aller

Où? Studio du CNA

Quand? Jusqu'au 24 octobre 

Renseignements: Billetterie du CNA, 613-947-7000; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787

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