The Handmaid's Tale, un conte défait

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Qu'arrive-t-il au Royal Winnipeg Ballet? Avec The Handmaid's Tale, ballet narratif à l'affiche jusqu'à samedi soir au CNA, les attentes étaient hautes de voir une troupe de renom s'attaquer à un classique de la littérature écrit par Margaret Atwood.

Déception. Les applaudissements à la fin de la représentation le soir de la première ont paru polis, mais fugaces.

La pâleur de cette chorégraphie signée Lila York s'est révélée inversement proportionnelle à la densité émotionnelle du récit. L'histoire dystopique de Margaret Atwood ne fait pourtant pas dans la dentelle (ou le tutu): la «servante écarlate», c'est Defred (Elizabeth Lamont), une prisonnière qui doit mettre sa fertilité au service de la république de Gilead, en ces temps de dénatalité galopante. Vêtue d'écarlate, elle accomplit sa mission à la maison du Commandant, tout en songeant au temps révolu où les femmes avaient le droit de lire, d'échanger des confidences, de dépenser de l'argent, d'avoir un travail, un nom, des amants... Un régime totalitaire motivé par la religion chez Atwood (élément complètement occulté dans le spectacle!) a fini par les asservir.

Le ballet s'ouvre sur un univers carcéral sans âme dominé par la mort: avant même que résonnent les premières notes de l'orchestre, un pendu encagoulé accueille le public. Le spectacle - tout comme le livre - ne manquera pas de scènes-chocs: électrocution, accouchement, jeux érotiques à trois, torture... voilà de quoi court-circuiter tous les clichés du ballet dans sa tour d'ivoire.

Mais l'insistance, la façon de peser sur ces images dérangeantes, en réduit la portée dévastatrice et déplace même parfois la charge vers un grand-guignol aux effets trop théâtraux. Il n'est pas étonnant que certaines scènes pourtant éprouvantes aient fait rire quelques spectateurs. Trop, c'est parfois trop! Le comble est atteint au moment où le Commandant force Defred à danser une valse... la traînant à terre par le bout de la ballerine. Ou encore cette scène absurde où la servante enceinte se lance sans encombre dans une série de sauts et de pointes.

Ramassée en moins de deux heures (incluant l'entracte), l'écriture chorégraphique de Lila York demeure minimaliste, un peu raide et elliptique, paradoxalement sèche mais suggestive quand intervient la «cérémonie» d'accouplement entre Defred, Le commandant et son épouse Serena Joy. Celle-ci aurait pu devenir sculpturale ; elle sombre dans les poses caricaturales navrantes.

La chorégraphe taille sec dans les émotions, coupe court aux états d'âme, pour ne laisser apparaître que la domination ou la soumission des personnages. Rien ne permet véritablement de casser la façade hermétique du mouvement et de la musique afin de rendre l'interprète plus palpable, plus proche des spectateurs. Exception faite du tableau final, grâce auquel Elizabeth Lamont nous fait imaginer que l'intériorité n'est pas un vain mot. Son solo acrobatique conçu par Amanda Green opère une volte-face salutaire, qui tombait à point nommé pour enclencher les applaudissements finaux.

Pas de standing ovation. Rarement aura-t-on assisté à un accueil si réservé à Ottawa.

Vous voulez y aller?

OÙ? Quatrième Salle du Centre national des arts

QUAND? Jusqu'au 24 janvier, 20h

RENSEIGNEMENTS? Billetterie du CNA, 613-947-7000 ; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787

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