• Le Droit > 
  • Arts > 
  • Danse 
  • La Servante écarlate ou la volonté de danser engagé 

La Servante écarlate ou la volonté de danser engagé

Oubliez le ballet version jolis tutus, minois minaudant et sirupeux flonflons.... (Courtoisie)

Agrandir

Courtoisie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Oubliez le ballet version jolis tutus, minois minaudant et sirupeux flonflons. Dans The Handmaid's Tale, le décor verse plutôt dans l'esthétique carcérale. Celle des lignes droites et des danseurs au garde-à-vous.

Sur une chorégraphie de Lila York, le Royal Winnipeg Ballet s'empare du roman éponyme de Margaret Atwood publié en 1985 (La Servante écarlate, en français) et livre sa vision dansée de ce récit qui n'a rien d'un conte de fées. Au Centre national des arts (CNA) du 22 au 24 janvier. 

Il y a un quart de siècle, avec une belle clairvoyance, l'auteure canadienne agitait déjà les spectres du fanatisme religieux qui bâillonne les théocraties d'aujourd'hui. L'avenir qu'elle narre se veut totalement régressif, totalitaire, infiniment sombre. Les États-Unis subissent un coup d'État mené par une faction religieuse fondamentaliste de l'armée. Les femmes se retrouvent réduites à leur fonction(nalité) reproductrice. On les parque dans des sortes de pensionnats, entre prison et couvent, en attendant qu'un couple de la nomenklatura réclame une mère porteuse. 

«Du jour au lendemain, une employée se fait licencier, son patron ferme l'entreprise. Elle n'a plus d'argent, plus de libertés, plus aucun pouvoir. Ça m'a semblé si réel, si plausible. La première fois que je l'ai lue, cette histoire m'a complètement bouleversée», partage la chorégraphe Lila York, se remémorant les scènes les plus marquantes de ce récit à saveur orwelliennne.

La fable futuriste de Margaret Atwood séduit le Septième Art et l'opéra par sa vision cauchemardesque des méfaits du puritanisme. Elle se transposera en danse en 2013 grâce au Royal Winnipeg Ballet, sous l'oeil bienveillant de son auteure visionnaire. 

«Nous avons entretenu une correspondance par courriel. Je lui ai soumis le synopsis du spectacle avec mes idées, m'attendant à des remarques de sa part sur les passages qu'elle désapprouverait. Mais elle a été cool à l'égard de mes propositions. Margaret Atwood est très ouverte d'esprit.»

«Du jour au lendemain, une employée se fait licencier, son patron ferme l'entreprise. Elle n'a plus d'argent, plus de libertés, plus aucun pouvoir. Ça m'a semblé si réel, si plausible.»

Lila York
chorégraphe

La dystopie au pas

Composer un ballet ce n'est pas uniquement régler des «enchaînements», faire succéder des variations et des adages à des ensembles, disposer d'une distribution capable d'exécuter impeccablement une suite de mouvements; c'est créer, en utilisant au mieux ces moyens, une oeuvre logiquement construite, et qui, par l'originalité des idées, devienne tout autre chose qu'un exercice d'école - une chose où s'exprime le tempérament d'un artiste créateur.

«J'ai toujours eu l'impression que cet ouvrage pourrait se transformer en ballet grâce à son récit rempli d'actions, s'enhardit la chorégraphe. Je savais que j'allais être capable de le transposer sur scène sans jamais recourir au texte. De fait, tout élément du langage a été éliminé.» 

Pas meilleure ou moindre transposition que le cinéma et l'opéra, argue-t-elle, mais «tout simplement différente». La danse envers et contre tout? 

Pour cette plongée chorégraphique dans les eaux noires et profondes du totalitarisme, Lila York a privilégié une partition de circonstance: «Panufnik, Bernstein, Schnittke, Pärt, cite-t-elle. De la musique légèrement désaxée.» Celle-ci sera interprétée en direct par l'Orchestre du CNA dirigé par Tadeusz Biernacki. 

Crescendo, le temps du théologico-politique est revenu. L'homme occidental aura cru pouvoir vivre sans dieu ni maître? Dans The Handmaid's Tale, il aura droit à la soumission à un dieu impitoyable. La soumission aussi, des femmes, expropriées d'elles-mêmes, exilées de tout idéal. 

«Ce sujet tombe à point nommé. Depuis la fin des années 1980, les fondamentalistes ont pris du pouvoir. Le 11 septembre a vu naître le Patriot Act, cette loi anti-constitutionnelle. L'affaire Snowden a affolé les curseurs idéologiques américains. C'est important de rester éveillé, conscient de ce qui se passe.»

Vous voulez y aller?

OÙ? Centre national des arts

QUAND? Du 22 au 24 janvier, 20 h 

RENSEIGNEMENTS? 613 947-7000 poste 620; 1-888-991-2787; www.ticketmaster.ca

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer