La danse intime de Natasha Bakht

Natasha Bakht... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Natasha Bakht

Etienne Ranger, LeDroit

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Et c'est reparti pour un tour ! Natasha Bakht, chorégraphe et interprète réputée pour sa maîtrise de la danse classique indienne, cofondatrice du Centre de danse contemporaine ODD, avait disparu des plateaux ces dernières années. En 2007, pourtant, elle faisait encore forte impression dans le milieu : « De la dentelle d'ici faite avec de la soie indienne, lumineuse et rare » ; « sa présence exerce un pouvoir ensorcelant » avaient écrit respectivement La Presse et Le Devoir à son sujet. Partie à l'apogée de son art pour des raisons personnelles, Natasha Bakht a finalement cédé à la demande d'Yvonne Coutts, directrice artistique d'ODD, en acceptant de retourner sur scène. Elle présentera un-deux-trois-quatre-cinq, du 20 au 22 novembre à la Cour des arts. Il s'agit d'un programme double pour cette toute première Série Danse 10 automnale, puisque l'on retrouvera également sur scène Laurence Lemieux dans Le cheminements de l'influence, un solo/hommage au travail de son père, le politologue Vincent Lemieux, décédé cet été.

La danse au cordeau

Née à Londres de parents indien et bengali, Natasha Bakht commence la danse dès son plus jeune âge sous l'aile de sa mère, quand sa famille déménage à Toronto. Elle s'initie au bharata natyam, la plus connue des danses indiennes, autrefois interprétée par les devadasis (esclaves, servantes, prêtresses...) et vieille de quelque 2 000 ans. Très codifié, le bharata natyam se déploie à travers une série de pas exécutés les jambes en demi-plié. Bien droit sur son axe, le corps dessine des lignes nettes presque toujours asymétriques, le tout rythmé par des frappes de pieds complexes.

Après cette formation en danse exigeante, Natasha Bakht rejoint la compagnie Menaka Thakkar, du nom de sa directrice artistique, et participe aux tournées internationales de la troupe. La danseuse trace ensuite une voie personnelle originale en se prêtant à des mixtes entre tradition et contemporain, notamment à Montréal au côté de Roger Sinha, avant de se lancer dans ses propres créations chorégraphiques dans les années 2000.

« C'était le meilleur moyen d'exprimer une certaine réalité de la diversité qui m'entourait », nous explique-t-elle entre deux répétitions. Ses pièces Obiter Dictum et Dafeena atteindront la finale du prestigieux prix Dora Mavor Moore en 2003 et 2010.

Parallèlement à sa carrière artistique, Natasha Bakht a été avocate et enseigne le droit à l'Université d'Ottawa. « Dans les deux cas, j'exerce une forme de service public », sourit-elle.

À l'aune de son parcours académique et artistique, on ne sera pas surpris de l'entendre avouer un certain penchant pour le perfectionnisme. Mais tout a basculé le jour où Natasha Bakht apprend que son fils Elaan, aujourd'hui quatre ans et demi, est atteint de paralysie cérébrale.

Ce choc terrible qui oblige à un nouvel apprentissage, la danseuse l'analyse sans tabou, avec pudeur et précision : « La vie change dramatiquement, certes, et mes attentes en tant que parent et interprète en ont été bouleversées. Mais j'apprends tant de lui, il est devenu mon maître en joie de vivre ! »

Danser son expérience intime de parent d'un enfant handicapé peut sembler relever de la prouesse étrange. À saluer au moins deux fois : pour le parcours du combattant que l'on imagine, et pour l'invention d'une virtuosité étrangère au bataillon des techniques de danse contemporaine. « Des gestes pas toujours faciles à répliquer », reconnaît la chorégraphe interprète.

Avec un-deux-trois-quatre-cinq, Natasha Bakht remonte ainsi le temps de ces quatre dernières années « d'absence » pour partager son trajet personnel, son triomphe de l'adversité. Sur le plateau, son fils fera une apparition. « Tout simplement parce que ce sera fun pour lui et qu'en même temps, il pourra éclairer le spectacle de sa présence lumineuse. »

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